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Chroniques :: Chronique de Let The Devil In

Chronique de Let The Devil In

Sargeist  - Let The Devil In (Album)

Blasphémie fantomatique



Formé il y a dix ans, Sargeist a rapidement acquis son statut de groupe culte au sein de la scène finlandaise. Son dernier album date de 2005, et même si le groupe s’est fait discret depuis, il n’a pas pour autant été inactif. Deux splits et un EP ont vu le jour, dans la confidentialité de l’underground. Et c'est sans compter les nombreux autres projets (Behexen, Horna, Mortualia, Blutschrei, ect.) qui ont eux aussi sorti des disques ! Mais pour fêter les dix ans de Sargeist, rien de mieux qu’un nouvel album. Let The Devil In est le nom de ce tant attendu nouveau pacte.

Né dans le sperme et le sang, ce nouvel opus s’inscrit dans la droite lignée d’un Sargeist tel qu’on le connait. Avec le temps, le groupe a acquis une certaine maitrise de son art majestueusement noir. Ainsi, il n’hésite pas à développer ces mélodies démoniaques qui parsèment les titres de cette offrande. Les guitares ont une place de choix grâce à un tel agencement, et on se laisse facilement emporter dans la perfidie des compos. On retrouve le chant, toujours aussi véhément, qui crache sa haine avec aversion et perversité. Mais très vite, on trouvera un certain ennui sur cet album… Non pas qu’il soit mauvais, bien au contraire. Mais tout y est mieux. Et le mieux est l’ennemi du bien.
Les grands moments de Satanic Black Devotion montraient ce que Sargeist avait dans le froc ! Ici, on a le terrible sentiment d’avoir un groupe qui se repose sur ses acquis et n’ose plus autant qu’avant… Le groupe s'essouffle et s'assagit... La prod est bien plus propre, le son est plus poli, les compos sont moins provocantes. Le groupe a grandi, le groupe a évolué, certes. Mais on regrette ce temps où il était le fidèle porteur de la flamme d’un art noir sévèrement décadent et malsain. Ces aspects dangereux et terrifiants qui faisaient du Black Metal une musique marginale et radicale semblent bien avoir disparu. Et Sargeist semble suivre cette mouvance qui a pour but de faire peau neuve de son art et donc de proposer un visage plus sage, plus propre.

Pourtant, on retrouve à travers quelques mélodies un aspect violent de la musique du groupe. On retrouve aussi dans le chant une réelle haine, convaincue, exacerbée, sanguinaire. Burning Voice Of Adoration en est un bon exemple. Mais malheureusement, c’est trop rare pour que la peur ne nous envahisse comme au bon vieux temps. C’est trop rare pour que nos sangs ne se glacent au son des blasphèmes virulents du groupe. Mais les ambiances posées sont glauques à souhait, et c’est là, dans ces recoins morbides, que l’on peut guetter le Diable ! C’est là que l’on reconnait tout l’esprit possédé et dérangé du groupe. Là où on l’attend dans la musique en elle-même, Sargeist occulte une partie de ses penchants infernaux pour nous livrer le Mal au travers de ses ambiances spectrales.

Let The Devil In est un album qui n’arrivera pas à la cheville du tant adulé Satanic Black Devotion, mais il a le mérite de présenter un groupe en évolution. Trop lisse dans son approche, Sargeist risque pourtant de laisser une bonne partie de ses fans sur la touche. On aurait aimé que les aspects vraiment violents, décadents et malsains soient plus mis en avant pour nous livrer un véritable album de Black Metal, surtout pour fêter ses dix ans d’existence.

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par Pit, le 3 novembre 2010
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10

Perpétuation de l'esprit originel



Sargeist... Un nom ayant une certaine résonance au sein de l’underground européen. Onze ans déjà que cet ambassadeur des ténèbres œuvre reclus et solitaire dans l‘ombre de son obscure tanière. Plus d’une décennie de dévotion, d’intégrité et d’intransigeance, durant laquelle il n’a cessé de perpétuer le spectre d’un art éminemment pur et traditionaliste.

Après avoir réalisé seulement deux albums, mais en revanche un nombre conséquent de splits (notamment en compagnie des terroristes français de Merrimack et Temple Of Baal), cette légion finlandaise, commandée par l’esprit réactionnaire et despotique de Shatraug, également maître à penser et meneur spirituel de l’entité Horna, crache enfin sa troisième impiété, toujours sous l’étendard du label américain Moribund Records. Elle reprend sa marche funeste plus déterminée que jamais, lançant cette nouvelle offensive au visage d’un monde gangrené qu’elle abhorre, soufflant sur les braises de la haine et de la misanthropie afin de raviver la flamme noire d‘un Black Metal purificateur, puisant sa source au début des années 90.

Succédant au très cru Disciple Of The Heinous Path, Let The Devil In renoue avec le mysticisme occulte présent sur le ténébreux premier opus Satanic Black Devotion. Fort du poids des années de connaissance, d’implication et de dévouement de son géniteur, ce nouveau rituel apparaît de ce fait comme une œuvre résolument mature, et surtout synthétisant le plus fidèlement l’essence maligne de ce projet chaotique et totalitaire.
Musicalement, Let The Devil In se traduit par l’autoritarisme d’une expression malsaine et sans équivoque, à la fois cruelle, mélodique et fidèle à l’esprit originel, mais surtout (et c’est justement ce qui fait défaut à bien des formations actuelles, ayant hélas oublié que le Black Metal est avant tout une question d’atmosphères), grandement portée sur les climats maléfiques. Gardant un aspect assurément plus entraînant et aussi beaucoup moins nécro que Horna, Sargeist possède un don devenu rarissime, celui de réussir à créer une ambiance suffisamment évocatrice pour nous plonger corps et âme dans un bain de fange souillée et putride, puis dans les cendres fumantes de la damnation. Loin d’être linéaires, les morceaux défilent en apportant autant de variations que possible, tant rythmiquement qu’harmoniquement, ne se contentant pas uniquement de privilégier la vitesse, mais s’employant également à restituer une certaine torpeur atmosphérique. Se révélant tour à tour pesants, mélancoliques ou funéraires, comme le brumeux Nocturnal Revelation, plus mid-tempos à l’image de From The Black Coffin Lair et son riff diaboliquement entêtant, ou encore rapide et chaotique, les dix blasphèmes qui constituent cet opus, même s’ils ne porteront pas forcément tous un coup fatal et décisif à l’esprit, y laisseront néanmoins bien plus qu’un simple effleurement. Pour couronner le tout, le disque dévoile de temps à autre des riffs remémorant curieusement certains acteurs de la scène française, et particulièrement le parfum épique du défunt Seigneur Voland, notamment sur A Spell to Awaken the Temple et Burning Voice of Adoration, ce qui contre toute attente, apporte une singularité étonnamment appréciable à l’ensemble.

En dépit d’une musique immuablement figée et conservatrice, Sargeist prouve qu’il reste l’un des artilleurs les plus rigides et authentiques d’une scène inondée et saturée, croulant sous le poids de trop nombreux imposteurs.
Indifférent de ce qui l’entoure, et poursuivant imperturbablement sa croisade destructrice et misanthropique, il démontre que le Black Metal dispose encore aujourd’hui de suffisamment de ressources pour inspirer le respect et susciter la crainte, tant qu’il s’exprimera par la voix de représentants guidés par l’élan d‘honnêteté passionnel qui régnait jadis. La crainte d’un art de l’intolérance définitivement marginal, qui fût il n’y a pas si longtemps encore, suffisamment influent pour entraîner certains de ses acteurs et disciples militants dans le sillage de son fanatisme exacerbé, et les pousser à commettre nombre d’actes extrêmes en son nom. Un nom à jamais marqué du sceau de la haine. Celle de l’homme et de son cortège de valeurs.



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Commentaires


Voir les 4 commentaires précédents
D'un côté c'est pas plus mal, ça donne deux visions différentes de l'album.
On n'a pas eu le même ressenti apparemment...

jeu. 4 nov. 10- 10:50  
Très bonne chro en effet, même si pour ma part, j'ai été un peu déçu par la propreté d'un tel disque...
jeu. 4 nov. 10- 18:49  
Il est vrai que cet opus est plus propre que ses prédécesseurs en effet.
Pourtant, j'ai été agréablement surpris de retrouver une inspiration et une authenticité des ambiances qui m'ont vraiment convaincu, surtout par rapport au très moyen Disciple Of The Heinous Path.

jeu. 4 nov. 10- 21:18  


Let The Devil In - Infos

Voir la discographie de Sargeist
Infos de Let The Devil In
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Sortie : 9 novembre 2010
Genre : Black Metal
Label : Moribund Records
Playlist :
1. Empire of Suffering (04:40)listen
2. A Spell to Awaken the Temple (04:59)
3. From the Black Coffin Lair (04:40)
4. Burning Voice of Adoration (04:14)
5. Nocturnal Revelation (05:52)
6. Discovering the Enshrouded Eye (05:36)
7. Let the Devil In (04:08)
8. Sanguine Rituals (03:42)
9. Twilight Breath of Satan (04:59)
10. As Darkness Tears the World Apart (03:55)
écouter : Ecouter l'album



Sargeist

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