Si pour beaucoup le mouvement le plus "pur" du black metal provient de Norvège, la scène suédoise, en ce début d'années 90, n'est pas à négliger. Si Blackheim peaufine encore son projet
Diabolical Masquerade,
Marduk sévit déjà dans ces steppes gelées et une autre imminence noire se meut dans l'ombre :
Dissection.
Dissection, c'est avant tout Jon Nödtveidt, un jeune homme d'alors 18 ans, qui allait ébranler les fondations du black metal avec son groupe, un petit Mozart de l'extrême, dont les idées et le comportement ne seront pas au goût de tous. Profondément sataniste, il se sert de ses croyances pour donner une âme noire à sa musique, résolument glauque, sombre et malsaine. L'auditeur est rapidement happé par ces odes infernales, profondément marquées par le death metal (la Suède ayant une scène très active dans ce domaine déjà à cette époque).
Dès le premier titre, on est pris dans un tourbillon de noirceur, entre guitares incisives et plus atmosphériques, grandioses quoiqu'il en soit. Le chant de Nödtveidt se veut inquiétant, agressif, il est chargé de haine et se répand comme une marée noire.
Black Horizons est une ode au black metal, même si
Iron Maiden ou
Black Sabbath ne sont jamais bien loin, dans les harmonies ou au détour d'un solo étrangement mélodique. Avec
The Somberlain, on assiste à une véritable descente aux enfers. La forme est violente, les paroles sont cauchemardesques. Deux morceaux, deux chefs d'oeuvres. Difficile de faire mieux et même si le groupe n'arrive plus à un tel niveau, il s'en rapproche dangereusement :
Heaven's Damnation est une autre charge mortelle, avec ses dernières notes à la guitare acoustique qui font froid dans le dos. Une guitare acoustique que l'on retrouve d'ailleurs fréquemment, durant des interludes qui sonnent de façon médiévale, accentuant le côté lugubre de l'ensemble.
Ainsi, usant des constructions précises du death metal,
Dissection se forge un univers épique, viscéral, où la voix ne se résume jamais à un gargouillis incompréhensible. Les paroles sont intelligibles même quand le chant arrive au point de rupture, avec sa petite touche gutturale héritée du death.
Nous sommes en 1993 et
Dissection révolutionne déjà un genre qui ne faisait qu'éclore. D'une richesses instrumentale rare, volontiers atmosphérique et mélodique et ce sans utiliser de clavier, le tout joué à la guitare, le groupe s'impose d'office comme un grand du genre. Ici, sur les huit morceaux (si l'on exclue les interludes mentionnés plus haut), on a presque autant d'hymnes imparables du genre, un black metal raffiné sans user et abuser d'artifices grotesques. D'un revers de main,
Dissection balaye une bonne partie de la concurrence et enfonce une bonne partie de la scène norvégienne sous le fer de sa botte.
The Somberlain, c'est une oeuvre en noir, donc, un chef d'oeuvre surtout. Et malgré cela, la bande à Nödtveidt fera encore mieux. Génial, tout simplement.