Helstar représente l’archétype même du groupe dont beaucoup s’accorde à louer les mérites bâtis sur des valeurs telles qu’une inaltérable opiniâtreté, s’exprimant depuis plusieurs décennies déjà, mais dont peu, en définitive, savent définir fidèlement la teneur exact des travaux. Exception faites du patronyme de ces natifs de Houston, rien ne vient, en effet, nous éclairer au cœur de cet incompréhensible mystère musical. Pourtant certains des artisans les plus actifs de ce groupe n’ont rien d’illustres inconnus et le nom de James Rivera, indéfectible voix de cette entité, est, par exemple, connue sur notre bon vieux continent comme étant, ou ayant été, celle de nombreux autres projets (Seven
Witches,
Vicious Rumors, Destiny’s End, New Eden ou encore
Flotsam And Jetsam pour ne citer que ceux-là). De plus, la musique de ces texans, loin d’être de nature suffisante à bouleverser le paysage créatif, demeure, par bien des aspects, séduisante. Alors pourquoi une telle indifférence ?
Une partie de la réponse à cette énigme trouve sa source dans ces années 90 fratricides qui virent l’avènement de nouvelles tendances qui anéantirent nombres de groupes traditionnalistes et passéiste. Dans un dernier râle d’agonie
Helstar trépasse alors sous les coups de cette révolution infamante. Ce n’est qu’après de longues années de silence que son cadavre décharné ressuscite enfin sur la scène de Königshoffen lors de la troisième édition du Keep It True Festival sobrement intitulé ‘‘The Return Of The Legends’’.
Pourtant le groupe ne parvient toujours pas à s’extraire de cette confidentialité à laquelle il semble irrémédiablement voué. Et ce d’autant plus que l’album qui suit cette renaissance, The King Of Hell (2008) démontre quelque faiblesses et esquisse les contours d’une musique en manque d’inspiration, de nuances, d’efficacité et, au final, d’atout. Deux ans plus tard, les américains nous reviennent avec ce nouvel album intitulé Glory Of Chaos.
Et pour évoquer cette œuvre d’un point de vue plus essentiellement musical, tentons de décrire l’expression artistique d’
Helstar que, aux confins d’un Heavy sombre très agressif et d’un Thrash aux accents symptomatiques de la scène Bay Area, Larry Barragan, guitariste et membre originel de la fratrie, aime à décrire comme une vision personnelle dans laquelle l’influence de groupes tels que
Testament,
Exodus ou encore
Judas Priest demeure prépondérante. La comparaison est ambitieuse et pas totalement inexacte. Cependant elle n’est rien d’autre qu’un préjugé qui ne préfigure en rien de la qualité de ce disque et ce d’autant plus, rappelons-le, que le dernier plaidoyer de ce groupe n’aura laissé qu’un souvenir mitigé aux quelques, trop rares, qui firent l’effort de l’écouter.
D’emblée, ce Glory Of Chaos s’affirme comme bien plus influent que son prédécesseur. Dès les prémices d’un excellent Angels Fall First,
Helstar séduit. Le titre, âpre et vif, donne la première mesure d’un disque, au demeurant, très enthousiasmant.
D’autres morceaux ne peuvent démentir le plaisir soudain que suscite en nous l’écoute de ce disque et ce d’autant plus qu’ils s’inscrivent parfaitement dans l’évolution jaugé entre cet opus et son prédécesseur. En effet, loin des vociférations bien trop linéaires de The King of Hell, James Rivera s’applique ici à démontrer tout l’étendu de ses talents et de cette voix si particulièrement rugueuse et si particulièrement aigus qui n’est pas sans nous rappeler celle d’autres bien plus légendaires (Rob
Halford durant l’ère Painkiller ou, par exemple,
Kai Hansen aux origines d’
Helloween). De plus le groupe s’est attelé à développer des morceaux plus variés en effectuant un travail plus approfondi sur les mélodies qui sont désormais plus immédiatement assimilables. Citons, pour illustrer ces différences, les remarquables et véloces Angels Fall to Hell ou encore Pandemonium, Bone Crusher et leurs refrains entêtants mais aussi Death Trap ou également, par exemple,Alma Negra. Au-delà de ces titres délicieusement acerbes et rapides, d’autres, sensiblement moins prompts, viennent aussi compléter un tableau déjà fort engageant en jouant, quelques peu, sur certaines lourdeurs hypnotiques. Evoquons, dès à présent, Monarch Of Bloodshed qui, s’il reste relativement ardent, possède un aspect plus tortueux encore, magnifiquement souligné, notamment, par ses refrains et par ce break marquant. Parlons aussi de Summer Of
Hate qui, dans son infinie lenteur tourmentée, est captivant.
Des œuvres aussi attirantes et délicieuses que ce Glory Of Chaos, défendant un Heavy/Thrash très appréciable, ne devraient pas constituer d’entrave à une juste reconnaissance de ces texans cependant, nul ne peut présager du devenir d’
Helstar et ce d’autant plus que l’énigme concernant le relatif désintéressement dont est victime le groupe n’est pas totalement élucidé.