Égaré dans les chants religieux et sous les pluies rédemptrices des sylves de cette
terra incognita,
Angra démarre cette fresque magnifique sous les augures de Dieux païens dont certains conquérants impétueux ont voulus brûlés les idoles. De ce tableau fastueux nait un sentiment de liberté incroyable. Ce périple au cœur de l’histoire tragique de ces peuples sud-américains colonisé par l’envahisseur portugais, permet à André Matos et aux siens de composer, avec un talent immense, une œuvre forte. Ce Heavy parfois symphonique, parfois progressif, mais toujours mélodique aura su s’enrichir d’une résonnance tribal authentique. Ainsi il n’est pas rare d’entendre, au détour d’un chemin de poussière ocre, au détour d’un arbre couleur de braise, les sons de percussions, de flûtes, d’instruments traditionnels et de mélodies tel un véritable déracinements délicieux. Dans ce mariage métissé improbable, mû par une volonté créatrice sans limite, le groupe ajoute encore les touches délicieusement subtiles de parties orchestrales aux instruments empruntés à la musique classique, mais pas uniquement car il se permet, aussi, de s’inspirer de la sagesse indienne à l’aide de quelques sonorités et de quelques harmonies étroitement enfanté par les peuples rouges. Un chant d’union sacré universel au nom de ces tribus autochtones, en quelques sortes.
Dans un brassage ethnique rarement égalé,
Angra transcende ce Holy Land en une œuvre essentiel, novatrice et indispensable. Chaque pièce de cet ouvrage est véritablement une aventure intérieure qu’il est quasiment impossible de décrire. Il appartiendra à chacun de ceux qui, éveillé par la conscience, saura faire l’effort de se laisser entrainer dans ce périple immersif admirable, de la découvrir. Du rapide et cultissime Nothing To Say où Ricardo Confessori démontre tout les talents d’une technicité redoutable, et où André Matos incarne véritablement, et excellemment, cette souffrance dans un souffle déchirant, à un poignant Silent and Distance, où Kiko Loureiro et Rafael Bittencourt donnent toute la mesure de leur capacités, en passant par un remarquable Carolina IV tour à tour épique, ethnique, symphonique, mais aussi par un sublime Holy Land introduit par la douceur de ces harmonies d’autres terres sur lesquelles susurre la voix délicate d’André avant que ne viennent éclater la force de ces guitares, ou encore par un véloce et philarmonique Z.I.T.O exquis, toutes les teintes les plus formidablement délicieuses d’une pérégrination étrange et pénétrante, dont nul ne sortira véritablement indemne, vient nous combler pleinement.
Avec ce Holy Land,
Angra n’écrit pas simplement son essai le plus aboutis, il fait de cet ouvrage l’expression la plus belle d’une réussite artistique exemplaire. Un tome dont l’extraordinaire travail de composition, le métissage ethnique incroyable, la beauté évidente, consacre très justement l’esprit le plus exceptionnellement créatif d’un groupe hors du commun.