Retour à l'accueil
Chronique
Chroniques :: Chronique de Come what may

Chronique de Come what may

I Pilot Daemon  - Come what may (Album)

 8 
10

Les sentiers de la perdition



La curiosité I Pilot Daemon avait fait mouche avec son premier EP Happily Depressed, plébiscité par la critique et qui, il faut bien le reconnaître, mettait une belle claque au novice et même à l’amateur confirmé. Non content de toucher de près à Converge, les toulousains présentaient une musique tellement mature qu’elle en devenait presque prétentieuse, frôlant la folie de Breach, tâtonnant des atmosphères que ne renierait pas Neurosis ou excellant surtout dans ses délires Mathcore proches de Botch. Le potentiel était encore une fois agrandi par le split avec Anything but yours et à l’annonce de son premier album, les questions se bousculaient, posées légitimement après analyse de Happily Depressed : I Pilot Daemon est-il capable de maîtriser son extravagance sur un format long et surtout de garder captivé l’auditeur ? Une tâche ardue pour une formation si attendue au tournant, assurément futur grand de la scène extrême française.

Une grandeur qui va aller de pair avec ce Come what may, complexe, violent, extrêmement intéressant mais cependant suffisamment brumeux pour devenir passablement inaccessible. Car c’est un effort de s’attaquer à la critique de cet essai. C’est également un effort de comprendre toute la subtilité du jeu et du schéma musical des I Pilot Daemon. Happily Depressed, déjà fort peu évident à appréhender, apparaît bien plus facile d’écoute que ce Come what may véritablement complexe. Néanmoins, il ne faut pas s’inquiéter quant à cette constatation, d’autant qu’elle répond à la question posée au préalable. Les français, sur un format long, réussissent le pas de captiver donc, mais ne peuvent empêcher une attention zélée de la part de l’auditeur, qui y gagnera cependant au change, bien heureusement.

Pour sûr, Come what may est un excellent album, de ceux qui mettent une baffe littérale, qui assomment et assoient leur derrière sur le fauteuil des meilleures sorties de l’année. Si l’intro peu amène et peu utile (si ce n’est pour déguster un bref aperçu du son du groupe, proche de celui de Breach, et donc excellent) laisse sceptique, le reste convainct très vite, surtout avec « After…After » qui démarre l’album pour de bon, permettant de saisir que la musique des toulousains n’a pas changé et garde un aspect sombre et monolithique mais aussi terriblement décalé et bourré de parties asymétriques en tout genre (« Purple teeth », « Only at night »…) mais aussi des morceaux bien plus étouffants et stressants au strict sens du terme, comme en témoigne « The Life collider », qui bien qu’entraînante dans son break central, s’éloigne au final vers ce qui fait la force du groupe : du cérébral nocif.

Un concept singulier, oui, mais proche de I Pilot Daemon, qui joue une musique diabolique pour le cerveau, débrayeuse d’esprit et surtout porteuse d’une catharsis remarquable, de celle que l’on ressent chez les groupes maîtres de la portée de leurs choix musicaux. La dégénérescence du combo va loin, allant chercher dans le Rock’n’roll pour accentuer l’impression de partir en live total, presque ivre de désespoir. Sur ce point, joie/tristesse ; folie/netteté jamais ne se distinguent dans Come what may. « We deserve happiness » symbolise cette frontière floue, par le titre et l’enjeu du morceau (la fin surtout), foncièrement dépressif. Des titres plus joyeux viennent contredire ce point de vue, comme « Only at night », Rock’n’roll et complètement barré avec ses dissonances en tout genre et ses bends foutraques. Morceau pourtant pas entièrement orienté, notamment en raison de son break Noise démentiel, auquel s’ajoute la voix de Romain, très Screamo et donc déchirée de part en part, transpirant la détresse et la volonté d’auto-destruction. En parlant de celle-ci, on pourra remarquer certains passages foireux en chant clair, comme sur « We deserve happiness », mais rien de très alarmant non plus.

Plusieurs choses viennent à l’esprit, à la suite de l’écoute de Come what may, qui précise ainsi son statut d’album complexe et réfléchi. Des images psychédéliques obscures arpentent l’imagination à l’écoute de titres comme « Black at heart » mid-tempo et plus Post/Hardcore ou « El Salvaje », de la même facture, bien que plus minimaliste. Des sensations de surexcitation et de relative inconscience qui résulteraient de l’absorption d’ectasy sur la terrible et dérangée « Wild turkey » qui évolue vers un final plus évasif ou « Purple teeth » et son centre à la limite de la Country rance totalement dépossédée de son essence pour devenir un prétexte au délire. Des choses qui entretiennent l’idée que l’on est face à un album de grande facture, concocté avec soin par des types qui n’ont d’égal à leur folie que leur talent. Un constat qui n’empêche pas des déceptions, notamment l’absence de parties plus lumineuses et doucereuses, présentes dans l’EP par exemple, mais aussi une impression de malaise trop absente par rapport au premier essai.

Il n’empêche que l’on sort de Come what may comme on sort de son premier voyage à l’étranger: changé, curieux d’y retourner et fort d’une impression de vide autour de soi, comme si plus rien ne comptait que l’expérience vécue il y a peu. Avec cet album, I Pilot Daemon s’impose comme nouvelle référence française, s’expose aux côtés de grands lancés comme fine fleur du Metal extrême français, de ceux dont on peut espérer de grandes choses futures. S’il est peut-être regrettable de moins sentir ce sentiment de malaise présent dans Happily Depressed mais aussi moins d’exubérance liée probablement à l’absence de titre aussi déluré que « Waterlily and the drunk lovers » ainsi que l’absence de parties plus lumineuses et tristes comme « The Bluish Fennecs », Come what may est un drapeau planté sur le sol 2010 et sur lequel est inscrit « A possèder d’urgence ».

(0) Modifier l'article
par Prométhée, le 19 octobre 2010
Voir toutes les chroniques de Prométhée


Chroniquer cet album

Avis des chroniqueurs :  
 8 
10
Prométhée
 



Chronique précédente

Tout

Chronique suivante


Commentaires




Come what may - Infos

Voir la discographie de I Pilot Daemon
Infos de Come what may

Sortie : 24 octobre 2010
Genre : Screamo, Mathcore, Post/Hardcore
Playlist :
1. Goodnight Nobody (02:50)
2. After...after (04:08)à écouter en premier
3. We deserve happiness (06:13)à écouter en premier
4. Only at night (04:59)à écouter en premier
5. The Life collider (02:54)à écouter en premier
6. After the gold rush (03:21)
7. El Salvaje (05:30)
8. Wild turkey (03:21)culte !culte !
9. Purple teeth (03:35)culte !culte !
10. Black at heart (08:04)à écouter en premier
11. Lost in Madrid (05:54)
écouter : Ecouter l'album



I Pilot Daemon

I Pilot Daemon
I Pilot Daemon
Voir la page du groupe
Création : 2005
Genre : Hardcore
Origine : France




Groupes en rapport


Converge
Converge
Voir la page du groupe
Création : 1990
Genre : Hardcore
Origine : États-Unis

Rapports de concerts:

Albums chroniqués :
Chronique de Kollapse
Kollapse
2001

Breach
Breach
Voir la page du groupe
Création : 1993
Genre : Hardcore
Origine : Suède


Fugazi
Fugazi
Voir la page du groupe
Création : 1987
Genre : Hardcore
Origine : États-Unis


Albums chroniqués :
Chronique de Mass IIII
Mass IIII
2008

Chronique de Mass IIII
Mass IIII
2008

Chronique de Mass III
Mass III
2005

Amenra
Amenra
Voir la page du groupe
Création : 1999
Genre : Hardcore
Origine : Belgique

Concerts:

Deftones
Deftones
Voir la page du groupe
Création : 1988
Genre : Neo Metal
Origine : États-Unis

Rapports de concerts:

Neurosis
Neurosis
Voir la page du groupe
Création : 1985
Genre : Hardcore
Origine : États-Unis