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Chroniques :: Chronique de Unique Constellation

Chronique de Unique Constellation

Liveevil  - Unique Constellation (Album)

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Cryptes à paillettes et crânes à facettes



« L’art musical rechercha tout d’abord la pureté limpide et douce du son. Puis, il amalgama des sons différents, en se préoccupant de caresser les oreilles par des harmonies suaves. Aujourd’hui, l’art musical recherche les amalgames de sons les plus dissonants, les plus étranges et les plus stridents. Nous nous approchons ainsi du son-bruit. Cette évolution est parallèle à la multiplication grandissantes des machines qui participent au travail humain »
« Il faut rompre à tout prix ce cercle restreint de sons purs et conquérir la variété infinie des sons-bruits. »
« Pouah ! Sortons vite, car je ne puis guère réprimer trop longtemps mon désir fou de créer enfin une véritable réalité musicale en distribuant à droite et à gauche de belles gifles sonores, enjambant et culbutant violons et pianos, contrebasses et orgues gémissantes ! Sortons ! »
A qui appartiennent-donc ces paroles radicales ?
A un ponte du pilonnage métallique ?
Pas du tout.
A un industrieux histrion de la musique industrielle ?
Encore moins.
A un prophète des musiques électroniques, bruitistes et brutales ?
Peut-être.
Ces propos visionnaires rapportés ici sont la propriété exclusive d’un certain Luigi Russolo (1885-1947), peintre, musicien et surtout auteur du manifeste intitulé L’Art Des Bruits. Ce dernier ouvrage, par la vision nouvelle du son qu’il contient, inspirera d’innombrables et inénarrables terroristes sonores dont les pionniers du rock dit industriel (Genesis P.Orridge de Throbbing Gristle, Blixa Bargeld d’Einstürzende Neubauten ou Die Krupps, par exemple). Ce que le livre de Russolo montre, c’est surtout c’est incroyable liberté qui peut exister dans la musique dès qu’on essaie d’y introduire des textures et dès qu’on essaie de domestiquer le bruit.
Sachant cela, on ne peut qu’être étonné que certains genres comme le metal industriel aiment à secréter en quantités (industrielles) des clones des testostéronés teutons de Rammstein.
La liberté dans le bruit et la brutalité ferait-elle peur ?
Sans doute.
Pourtant, cela ne semble pas être le cas du groupe tchèque Liveevil dont on déclare fièrement :
« The songs, their sounds, the mastership of the musicians have the ambition to change the classifications of metal categories and redefine electro-metal generally. »
Voilà un programme ambitieux qui ferait hurler de contentement les papes du bruit pilonneur.
Est-ce que Unique Constellation, deuxième album de ce groupe (après Arctangel en 2007) au nom en forme de palindrome démoniaque saura se montrer à la hauteur d’une telle affirmation ?
C’est ce que nous allons essayer d’examiner après nous être muni de nos guitares pneumatiques et de nos batteries à air comprimé.

De prime abord, on ne peut qu’être emballé par la musique que nous propose Liveevil. En effet, dès le début du disque on est totalement happé par le son riche, puissant et presque symphonique que développent ses membres. De fait beaucoup de choses copulent, se bousculent et s’entrechoquent dans les morceaux du combo: du metal, des beats disco, des samples qui soufflent le froid et le chaud, des sonorités gothiques à remplir tout un caveau, des hurlements, des soupirs, des grognements, des…
Bref, les tchèques ont décidé de nous concocter de véritables pièces montées sonores. Ainsi, plus d’une fois on aura l’impression d’entendre un char d’assaut user ses chenilles sur le sol d’une gigantesque cathédrale tant leur musique contient de puissance et d’espace ("Resistance", par exemple).
On peut tout autant être impressionné par l’imagination mélodique dont ils font preuve tout au long des neuf chansons de leur disque. En effet, ils n’ont absolument pas peur de montrer un côté très pop quand il le faut ("Roof Walkers" et sa mélodie entêtante, Moment et sa ligne de guitare accrocheuse," Monochromatic Puppets" et son intro orientalisante) ou de faire parler la poudre et la puissance ("Monster World", "Monochromatic Puppets" encore une fois) au moment opportun.
N’omettons pas de dire que Liveevil sait se montrer parfois aussi original que déroutant. Par exemple, il est difficile de ne pas se sentir désarçonné à l’écoute du morceau "One Night Story", morceau où vont se succéder en moins de deux minutes et à un train d’enfer rythmes disco et envolées tziganes plombées. Serait-ce le No Smoking Orchestra d’Emir Kusturica qui jouerait dans la forge de Vulcain ?
On pourrait le croire.
On pourrait aussi évoquer l’intro de "Moment" et sa fine pluie d’accords de clavecin qui réussit en quelques mesures à installer une ambiance décadente et dérangeante ou encore la guitare héroïque qui ouvre "Elated" en fanfare.
Cependant, il ne faudrait pas croire que la réunion de tous ces éléments suffit à rendre la musique deLiveevil original et incontournable.
Une écoute intensive et extensive de l’album Unique Constellation nous prouvera rapidement le contraire.
Tout d’abord, on se rend rapidement compte que les musiciens n’hésitent pas à se vautrer dans la fange industrielle laissée par des groupes comme Laibach, Rammstein ou Die Krupps. Il n’est donc pas étonnant de trouver plus souvent que l’on ne le voudrait des pieds de grosse-caisse de plusieurs mégatonnes et des guitares aussi légères qu’une plateforme pétrolière qui tomberait du ciel mélangés à des voix aussi martiales que gutturales. Bref, Liveevil nous ressert sans honte les mêmes et sempiternels plats de plomb du metal industriel.
Pendant ce temps, Luigi Russolo pleure.
Cependant, il y a plus grave.
Le groupe d’electro-metal tchèque, non content d’évoquer plus souvent qu’à son tour la bruyante bande de Till l’espiègle, pousse le sans-gêne jusqu’à s’approprier les recettes d’autres combos à succès. Ainsi, "Roof Walkers" réussit à évoquer successivement les monstres d’opérette de Lordi, le lyrisme vert et noir de Type O Negative, le glamour lyophilisé des Sisters of Mercy ou encore les gargouillis groovy de White Zombie. Mais ce n’est parce qu’on prend de bons ingrédients sonores qu’on saura parfaitement les mélanger : la plupart du temps, Liveevil ne réussit qu’à nous embarrasser les oreilles avec ce qui ressemble à d’indigestes grumeaux gothiques.
Et ce n’est pas "Monochromatic Puppets" et ses faux-airs de Fields Of The Nephilim qui nous persuadera du contraire.
Encore plus grave, les tchèques, en plus de surcharger leur compositions de sons et de références, poussent le vice jusqu’à complexifier les structures de ces dernières inutilement. Le pauvre auditeur se retrouve donc obligé d’avaler des couleuvres métalliques d’une longueur insupportable ("Monster World") ou des coq-à-l’âne saturés tout à fait indigestes ("Resistance").
Pour résumer, Liveevil à trop chargé ses pièces montées sonores de crème au beurre brutale.
On apprécie la première cuillérée puis on vomit les suivantes.
Du fait, à force de trop charger la barque à bruits avec des riffs et des artifices de production inutiles, Liveevil finit par sombrer dans l’océan sans fond de la pompe et du ridicule sans espoir de pouvoir refaire surface.
Pour notre plus grand malheur, les exemples de naufrages ne manquent pas tout au long de Unique Constellation : "Monster World" et ses samples tout droit sortis d’un jeu de casse-briques antédiluvien ou son chant évoquant un Dani Filth qui ferait du Human League ; "We are Newborn" et ses synthétiseurs rappelant les pires moments de la New-Wave ; "Lost in Love" et son chant de troll pris d’incontinence lyrique, etc.
Bref, l’industriel, le métallique et le gothique virent souvent au carnaval chez nos amis tchèques,et ce, bien malgré eux.

Unique Constellation aurait pu être un chef-d’œuvre capable de reculer les limites d’un metal industriel par trop codifié, mais ses concepteurs, incapables de rester sobres et cohérents, n’ont réussi qu’à repousser les limites du mauvais goût.
Ne soyons pas trop injuste et reconnaissons que cet album fourmille d’idées et possède ses moments de grâce ou de grandeur. Peut-être même que certains auditeurs seraient sensibles à son côté foutraque et fourre-tout.
Espérons qu’avec leur prochain disque, les membres de Liveevil réussissent à habiller leurs compositions avec des vêtements sonores moins vulgaires et moins outranciers et surtout qui n’ont pas été portés par d’autres.
En guise de conclusion, laissons une nouvelle fois la parole au sage Luigi Russolo : « Chaque manifestation de notre vie est accompagnée par le bruit. Le bruit nous est familier. Le bruit a le pouvoir de nous rappeler à la vie. Le son, au contraire, étranger à la vie, toujours musical, chose à part, élément occasionnel, est devenu pour notre oreille ce qu’un bruit trop connu est pour notre œil.»
Voilà ce qu’est Unique Constellation de Liveevil : une accumulation de bruits trop connus.

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par Exocome Quadripustule, le 19 octobre 2010
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Infos de Unique Constellation

Sortie : 2009
Genre : Indus
Playlist :
1. Monster World
2. One Night Story
3. We are Newborn
4. Roof Walkers
5. Elated
6. Monochromatic Puppets
7. Moment
8. Lost In Love
9. Resistance
10. Mercy (Duffy cover)
11. Snow Brigade (Mew cover)
écouter : Ecouter l'album



Liveevil

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Liveevil
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Création : 2003
Genre : Indus
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