Nova Era constituait, indéniablement, une œuvre charnière dont le but évident était de rallier le plus largement possible le peuple, autrefois, entièrement dévoué à la cause des hommes de la terre de braise,
Angra, autour de ses valeurs singulières les plus remarquables (celles là mêmes qui firent de ses œuvres originelles, des œuvres uniques). L’album live qui suivit ne fut, quant à lui, rien d’autre qu’une tentative maladroite de convaincre les adeptes de la légitimité quant aux choix d’un Edu Falaschi, égaré dans l’ombre omniprésente de son génial prédécesseur. Si le talent de cette nouvelle voix ne peut être entachés que de quelques infimes erreurs dans certains aigus au mimétisme troublant, forcément, né de cette incessante comparaison, il reste à l’artiste qu’à se démarquer du poids de ces amalgame handicapant et à s’affirmer, non seulement, comme le nouvel interprète des mots du groupe, mais aussi comme une de ces incarnations pensantes.
Nul doute que certaines décisions, face au doutes et aux incertitudes artistiques qui envahissaient l’esprit de musiciens tourmentés par les tumultes du fracas de la séparation d’avec leur compositeur le plus émérite, furent dictés par une certaine fébrilité. Si cette urgence offrit quelques stigmates maladroits à son précédent opus, ce qui caractérise, d’emblée, ce nouvel effort d’
Angra, c’est cette incontestable atmosphère qui s’en dégage. La sérénité de composition qui semble émaner de ces titres n’est pas de nature à uniquement nous offrir un plaisir immédiat, elle présente aussi le réel avantage d’offrir un surcroit de cohérence à cet album. Les titres s’enchainent, en effet, de manière bien plus harmonieuse que sur Nova Era.
Dans ce climat apaisé, le travail d’Edu prend une tout autre dimension. Et même Aquiles Priester, dont on pouvait, sans mettre en doute ses capacités, regretter les propositions, quelques peu, plus académiques qu’un Ricardo Confessori sur ces premières œuvres au sein d’
Angra ; se montre plus incisif, plus technique et, sans aucun doute, plus redoutable. Les deux arrivants se révèlent pleinement, et prennent enfin une place prégnante apportant aux brésiliens leurs caractéristiques propre, et ceux afin d’enrichir le propos du groupe. A l’évidence, à l’écoute de ce Temple Of Shadows un chapitre s’est définitivement clôt.
Angra n’est plus l’ancien groupe d’Andre Matos, de Luis Mariutti et de Ricardo Confessori mais le nouveau groupe d’Edu Falaschi et d’Aquiles Priester.
Un des aspects marquant de cet affranchissement du passé se traduit, aussi, par quelques légères évolutions musicales. Ainsi si la forme « symphonique » reste un des embellissements, mais aussi une volonté de constructions de certaines mélodies, dont use les brésiliens ; elle devient, le plus souvent, beaucoup plus suggéré et beaucoup plus, malheureusement, traditionnelle. En ce sens
Angra perds un peu de ce particularisme unique qui fut le sien sur un sublime Holy Land. Et ce même si les remarquables Spread your Fire, Angels and Demons, Waiting Silence ou encore The Temple of
Hate avec la participation de Kai Hansen, donnent toute la mesure du rarissime talent de ces musiciens. Au-delà de ces titres superbement réjouissant, mais quelques peu conservateur, seul No
Pain for the Dead et Winds of Destination, fort de magnifiques breaks, viennent démentir cette parcimonie orchestrale.
De son dessein progressif premier,
Angra aura, aussi, fait naitre quelques subtilités sur ce disque qui, loin d’être inoubliables, propose quelques nuances suffisamment captivantes pour continuer de nous satisfaire. Il est cependant regrettable de noter que le groupe a quasiment abandonné sa forme ethnique la plus délicieuse en ne proposant plus, ou si peu, de mélodies tribales ou de percussions. Seul The Shadow Hunter, Sprouts of Time et ses parfums délicieusement dépaysant et Morning Star se parent, succinctement pour certains d’entre eux, des atouts, de ces instrumentations ethniques.
Avec ce Temple of Shadows pétrie de qualités, si
Angra demeure, indiscutablement, un groupe exceptionnel ; il n’est désormais plus un groupe d’exception. Il serait cependant dommage de s’enfermer dans un déni caractériel, nourris par les frustrations nées du départ de ces illustres anciens, et de ne pas reconnaitre tout le mérite et toutes les vertus d’une telle œuvre.
Angra a écrit l’histoire autrefois avec Holy Land, il en écrit désormais une autre avec Temple of Shadows. Et si celle d’hier demeure comme une formidable référence culte, celle d’aujourd’hui pourrait bien le devenir. Seul le temps nous le dira…