Berceau d’une nouvelle espérance formidable, Temple Of Shadows nous laissait, subrepticement, entrevoir, au loin, d’admirables territoires encore plus beaux. Le chemin semblait alors tout tracé et le périple vers ces lieux vierges, et remarquables, nous promettait encore quelques plaisirs admirables. Il ne restait plus à
Angra, chemin parcouru, qu’à quérir les joyaux inestimables nichés au cœur de ces terres hostiles qu’il avait lui-même défrichés. Sa besace pleine, le voilà de retour avec cet Aurora Consurgens.
Née probablement des mêmes désirs artistiques qui animaient déjà les brésiliens lors de la composition de son prédécesseur, le concept proposé sur ce nouvel album n’aura guère changée au point de transcender fondamentalement le Heavy Speed/Power Prog du groupe. Cependant il convient de noter, tout de même, quelques changements significatifs. Ainsi si les aspects orchestraux et ethniques demeurent, toujours encore, succincts ; l’œuvre est, indéniablement, plus vive et plus âpre que Temple Of Shadows. De plus l’ensemble parait plus immédiat laissant loin ces constructions trop Progressives dont le groupe semble, pourtant, inconditionnellement, adepte. Ici l’efficacité parait être le moteur essentiel qui inspira nos hommes de la terre de braise. En conséquence des titres tels que les exceptionnels The Course of Nature et le véloce The Voice Commanding You, titres où Edu est inhabituellement agressif, mais aussi, par exemple, le plus tourmenté Ego Painted You s’inscrive directement dans cette démarche plus Heavy Speed que réellement Prog. Si des titres tels que le plus calme Breaking Ties s’éloigne, quant à lui, des sphères Metal, et notamment de par ce refrain étrangement mélodique, il n’en demeure pas moins attachant. En réalité les morceaux de cette œuvre s’enchaine sans véritablement laissé entrevoir de quelconque faiblesses de nature suffisante à jeter l’opprobre sur celle-ci. Et outres le prompt Salvation Suicide un peu trop évident, et les un peu trop abscons Windows of Nowhere et Scream your Heart Out, rien ne semble dissimuler d’imperfections suffisamment déshonorantes pour mériter le couperet d’un châtiment coupable et bien au contraire l’album semble empreint d’une inspiration séduisante. Rien, ou presque…
En effet, blottis au cœur de ces pierres précieuses, dont chacun jugera de la beauté à l’aulne de ses propres gouts sans, pour autant, pouvoir en nier les évidentes qualités dans le genre auquel ils revendiquent leur appartenance, se cache une véritable monstruosité. Une vulgaire pierre d’une couleur si sombre, d’une forme si quelconque et d’un aspect si repoussant qu’elle ne peut laisser quiconque indifférent. Ainsi So Near So Far enlaidis disgracieusement cet Aurora Consurgens de ces mélodies étrangement naïves, de ces atmosphères candides, de ces airs si peu communs avec l’âpreté qui régnait jusqu’alors et de son refrain horriblement joyeux.
Quoiqu’il en soit, et fort heureusement, cette faute de gout ne peut complètement entacher l’excellent travail effectué par
Angra sur cet Aurora Consurgens, et notamment dans une première moitié d’album délicieusement charmeuse. Les concerts de louanges, auxquels a légitimement droit cette œuvre, poussent certains à s’extasier avec à la bouche des éloges flatteuses emplis de termes tel que chef-d’œuvre. Si ces effusions sont sans doute exagérées, elles couronnent un album qui, selon votre humble serviteur, démontre une certaine excellence.
Angra n’est pas un grand, il est grand.