Voilà déjà vingt ans que Mika Luttinen et ses sbires, vomissent leurs miasmes nihilistes à travers le monde, par le biais de leur "Nuclear Metal" unique, fusion d’un Black Metal virulent et de déjections hardcore, le tout trempé dans un bain aux intonations punk extrême. Deux décennies durant lesquelles ils n’ont cessé de multiplier les offensives à une cadence quasi-métronomique, toutes gorgées de fiel et placées sous la coupe d’un cynisme à l'ambiguïté souvent douteuse. Tributaire de l’univers déjanté, régi par le vice, la haine et la décadence qu’il a lui-même créé,
Impaled Nazarene repart donc en campagne en cette année 2010, armé de cette toute nouvelle pièce d’artillerie.
Fort d’une discographie quantitativement impressionnante, ce bataillon d’illuminés au line-up à géométrie variable, n’a pourtant pas livré que des chef d’œuvres, loin de là ! Car outre le bestial et terrifiant
Tol Cormpt Norz Norz Norz, sa carrière en dents de scie a alterné, dans un ordre tout à fait aléatoire, l’excellence (
Ugra Karma,
Suomi Finland Perkele,
Nihil), le très bon (
Absence Of War Does Not Mean Peace,
All That You Fear), le médiocre (
Pro Patria Finlandia,
Manifest), en passant par le dispensable et l’insipide (
Latex Cult,
Rapture). Qu’en est-il alors de ce onzième assaut ?
On peut d’ores et déjà affirmer, que ce n’est pas encore cette fois qu’
Impaled Nazarene fera parler de lui pour son caractère aventureux, le disque demeurant cloisonné dans les standards on ne peut plus prévisibles, dont le groupe use et surtout abuse depuis maintenant de trop longues années. Une intransigeance et une obstination qui pourraient forcer le respect, si elles étaient justifiées par la pertinence d’une inspiration réelle. Malheureusement, les limites en la matière sont ici atteintes et même largement dépassées. Des limites se profilant depuis un certain temps déjà, mais éclatant sur ce
Road To The Octagon de manière évidente. En pilotage automatique total, le quatuor se contente donc de fournir le minimum syndical, délivrant une prestation en tous points semblable à ce qu’il nous sert habituellement, et notamment sur ces deux derniers opus, mais atteignant ici des sommets d’inconsistance, et prenant des allures d’auto-parodie.
Ce
Motörhead sous acides, nous ressert donc une soupe à la recette certes éprouvée, mais de moins en moins ragoûtante. Une soupe, dont il ne parvient manifestement plus à masquer le goût des ingrédients faisandés qui la composent. C’est donc d’une oreille blasée et d’un regard incrédule, que l’on assiste à une débauche dévoilant pèle-mêle les mêmes riffs Black expéditifs et minimalistes teintés d’un punk-hardcore radical; les mêmes pilonnages intensifs et quasi-ininterrompus de cette batterie inflexible mais linéaire, alternant blast beats rigides et mid-tempos sans reliefs, et bien entendu, les mêmes éructations d’un gosier qui commence visiblement à accuser le poids des années d’excès en tous genres de son propriétaire.
En fait, il n’y a guère que le très bon et ultra fédérateur
Cult Of The Goat, et son embryon de mélodie envoûtante fusionnant avec une fureur zélée et communicative, et remémorant les années fastes, que l’on puisse extraire de ce bloc terne et homogène, où chaque titre se fait désespérément l’écho du précédent.
En tout état de cause, les finlandais ont choisi de persister dans la voie de l’efficacité qui les a toujours caractérisé. Néanmoins, ils ont su par le passé se montrer nettement plus inspirés, et nous ont parfois agréablement surpris, notamment sur
Nihil et
Absence of War Does Not Mean Peace. Peut-être également dû, avouons le, à la présence sur ces opus de personnalités comme le prodige six-cordiste
Alexi Laiho (
Children Of Bodom) sur le premier, ou le regretté Somnium (
Finntroll) sur le second...
Au final, on se retrouve avec un disque bien dispensable,
Road To The Octagon n’apportant en effet strictement rien à la carrière de ces vétérans. N’oublions pas cependant, que l'entité
Impaled Nazarene reste avant tout un exutoire, et sera encore susceptible de s’attirer les bonnes grâces de quelques irréductibles, recherchant juste un défouloir sonore efficace, mais même en ce sens, sa lame jadis meurtrière semble quand même bien émoussée. Ici, le groupe ennuie plus qu’il n’impressionne, et même le second degré qui l’a toujours caractérisé ne fonctionne tout simplement plus. Fidèle à son éthique et se complaisant dans son autosuffisance, il s’en contrefiche vraisemblablement, mais risque fort de lasser même l’auditoire le moins exigeant. Une remise en question et un regain de créativité seraient sérieusement à envisager. En a t-il réellement les moyens ?