Il faut bien le reconnaitre, l'apostolat de départ de la démarche de Van Canto consistant à remplacer tous les instruments musicaux mécaniques, exception faites de la batterie, par le travail des voix apparaissait comme suffisamment saugrenue pour laisser sceptique même les plus progressistes d'entre nous.
Restait suffisamment vivaces en nos mémoires, quelques tenaces souvenirs de certaines autres tentatives du même acabit, dont notamment celle du dément japonais Dokaka, dont les résultats furent, le plus souvent, sinon caricaturaux tout au plus modestement attirants. Pour être tout à fait sincère dans la démarche analytique qui est la mienne, il faut bien reconnaitre qu'aucune d'entre elles ne fut jamais, jusqu'alors, aussi empreinte de ce sérieux, et de ce travail évident, dont font preuve, à l'évidence, ces allemands. Avec ce Tribe of Force, leur troisième véritable album, les saxons de Van Canto comptent bien, une fois encore, marquer les esprits de ce Heavy Power Metal a capella si anticonformiste.
Il faut admettre, et ce afin d'expliquer l'aspect indiscutablement séduisant d'une œuvre pourtant atypique, qu'au delà du soin et de l'application à l'ouvrage dont font preuve ces artistes, il y a chez eux un talent indéniable. Ces musiciens sont, assurément, d'excellents vocalistes et chanteurs. Pour s'en convaincre, il suffit d'écouter le travail fait par Dennis Schunke et Inga Scharf qui dynamisent, en un délicieux contraste les opposant, ce Tribe of Force. Et pour s'en persuader davantage encore il suffit d'écouter celui fait sur les solos de guitares reproduit vocalement (par exemple To Sing a Metal Song, ou encore Magic Taborea).
Quelques illustre invités viennent également donner un regain de prestige à cet album. Ainsi Viktor Smolski (
Rage) vient offrir les quelques rares notes de guitares qui trahissent exceptionnellement le concept sur One to Ten. Chris Boltendahl (
Grave Digger) vient, quant à lui, se mêler à la chorale sur un Rebellion issus d'un album, Tunes of War (1996) qu'il avait lui même composé aidé de ses comparses. Et Tony Kakko (
Sonata Arctica) fait une apparition sur Hearted.
Bien évidemment, en coutumier du fait, Van Canto émaille son Tribe of Force de quelques reprises étonnantes. Notamment un
Master of Puppets (
Metallica) qui agacera, sans doute, les traditionalistes et un Rebellion (
Grave Digger) déjà évoqué.
Musicalement la prouesse est donc notable et le résultat nous offre des moments éminemment attachants (I'm Human, Tribe of Force, Rebellion, Frodo's Dream...). Toutefois il manquera, aux plus puristes, une dimension évidente dans l'absence de ces guitares, amoindrissant quelque peu l'intensité d'un ensemble ainsi pour eux imparfait. De plus, il va sans dire, qu'une telle démarche, en théorie, est forcément réductrice dans ces capacités à nous surprendre mais que, surtout, elle ne se départit pas, outres les défauts inhérents aux caractéristiques de son genre, d'autres vices indissociable des mouvances desquelles elle tire sa doctrine. Ainsi personnalité atypique ne signifie pas nécessairement compositions inhabituel et l'écueil des similitudes un peu trop flagrantes n'épargne pas ce sextuor germanique qui dans un Last Nights of the King nous propose une variation sur le thème de The Bard's Song de
Blind Guardian un peu trop similaire à l'original.
Une démarche singulière pour un album plutôt convaincant qui se laissera écouter non sans un certain plaisir mais qui ne sera pas nécessairement suffisant à sublimer le ressenti d'un public avide de sensations clairement plus âpres soulignées par la présence, notamment, de guitares. Intéressant, donc. Mais pas transcendant.