Depuis le second souffle dont il a bénéficié il y a déjà plus d’une décennie, le Death Metal a fait l’objet d’une véritable course à l’armement en matière de vitesse, de précision, de brutalité, et surtout de technicité.
Cette précipitation dans une sophistication toujours plus accrue, repoussant inlassablement les limites des capacités et de l’endurance humaine, s’est inévitablement muée en une surenchère ridiculement stérile, qui dans bien des cas, n’avait d’autre but que celui d’en mettre plein la vue, de par un étalage ultra démonstratif de prouesses instrumentales, qui pour bon nombre de nouveaux venus, s’est vite mis à ressembler à un navrant concours d’ego, plutôt qu’à une réelle volonté d’exprimer un art authentique et digne de ce nom.
Ayant vraisemblablement compris que les ultimes limites de ce qu’il est humainement possible d’accomplir, que ce soit sur le front de la virtuosité barbare ou celui de la plus pure et irréductible sauvagerie instrumentale, ont été atteintes avec des groupes tels que les hallucinants techniciens d’
Origin,
Nile, et
Cattle Decapitation, ou bien les fous furieux
Disgorge ou
Brodequin, certains, à l’image de
Necrophagist,
Spawn Of Possession, ou plus récemment
Gorod et
Obscura, ont préféré éviter de surenchérir, en prenant une tangente tout aussi exubérante, mais néanmoins plus aérée, mêlant à cette tornade de violence, une fluidité, un sens de l’esthétisme et de la nuance propre aux structures progressives, jadis employées par
Atheist ou
Cynic, et dans une moindre mesure par
Death et
Pestilence.
C’est visiblement la voie qu’a choisi d’emprunter
Decrepit Birth, formation américaine (dont l’actuel bassiste de
Suffocation Derek Boyer, a été l’un des cofondateurs), ayant rapidement réussi à se faire un nom dans les marécages d’un vivier aussi boueux qu’impitoyable, et qui après un premier album on ne peut plus ancré dans la soupière des productions ultra brutales et bovines, a publié en 2008 un appréciable
Diminishing Between Worlds, alliant avec une certaine intelligence, brutalité, extrême virtuosité et finesse mélodique. Un disque qui avait produit son petit effet, et qui s’était révélé suffisamment captivant pour susciter une certaine impatience quand à la suite des évènements.
Les californiens présentent ainsi avec ce
Polarity, un opus en tous points semblable à son prédécesseur, et qui saura à n’en point douter, largement combler les amateurs de structures complexes et alambiquées, et très certainement ébahir ceux qui ne jugent une œuvre que par la seule qualité de son exécution. Mais en réalisant l’exploit d’aller encore plus loin que son prédécesseur dans l’élaboration de passages ultra progressifs et fouillés,
Decrepit Birth a également atteint une limite en terme d’acceptabilité de données, ternissant par ce fait l’impact qu’aurait pu avoir ce troisième essai.
Ainsi,
Polarity ne possède guère que l’excellent
(A Departure of the Sun) Ignite the Tesla Coil ouvrant l’album (avec son subtil prélude à la trouvaille mélodique absolument brillante, ses séquences à tiroirs irrésistibles, ses pertinents breaks acoustiques néo-classiques, ses discrètes nappes de synthé accompagnant un foisonnement harmonique inventif et bien pensé, et la précision ahurissante de complexité de ses rythmique d’une insolente vélocité), pour nous maintenir sous sa coupe. En effet, cet impressionnant arsenal d’hystérie créative, se révélera bien inégal sur la longueur, le disque retombant comme un soufflé dès la fin de ce remarquable préambule.
En fait, ce nouvel exposé d’extrême et belliqueuse virtuosité, se situant pourtant à l’exacte frontière entre le
Noctambulant de
Spawn Of Possession et le
Cosmogenesis d’
Obscura, dévoile une texture s’apparentant bien trop souvent à un véritable casse tête, de par des structures exagérément complexes, et une relative fadeur dans la surcharge de riffs qui passent aussi furtivement qu’inaperçus, rendant l’écoute des plus ardue. Le fait que chaque morceau se fasse systématiquement l’écho de celui l'ayant précédé, rend leur enchaînement quelque peu lassant, et provoque, comble du paradoxe, une linéarité déconcertante à force d’une surabondance de plans surchargés et ennuyeux, finissant par uniformiser le tout en un bouillonnement magmatique indigeste.
Nous en venons finalement à la frustrante conclusion, que
Polarity pourrait aisément se résumer à son seul titre d’ouverture, tant celui-ci est prenant et exempt de la moindre faute de goût. Ce qui se passe par la suite est assurément bien moins enthousiasmant, et nous pourrons hélas déplorer, que, comme finalement une grande majorité de productions du style où la pondération n’a guère droit de cité,
Decrepit Birth, est tombé ici dans l’écueil de la démesure et de l’esbroufe disgracieuse.
Il n’en demeure pas moins que ce disque représente une véritable pièce de convoitise pour les musiciens et technophiles, mais des aptitudes purement techniques aussi impressionnantes soient-elles, ne sauraient heureusement se révéler suffisantes, pour constituer ce que l’on appelle une œuvre vivante, vibrante, et tout simplement inspirée.
Il fut une époque où l’on reprochait à des groupes comme
Incantation,
Massacre ou encore
Grave, le caractère résolument primaire de leur musique. La jeune garde a de toute évidence pris trop de notes…