S'il fallait, une fois encore, procéder à une longue analyse écrite concernant le désintérêt avec lequel la plupart des artistes saxons s'acquittent de manière désinvolte de concepts aussi cruciaux que l'originalité ou la personnalité; nul doute qu'il faudrait, une fois encore, évoquer des arguments dont la force est depuis longtemps émoussé par l'incessant brouhaha de polémiques pénibles et vaines. L'interminable texte qui découlerait de cet examen, emplis, notamment, de thèses telles que le constat d'une certaine indifférence de ce peuple pour le progressisme artistique, parviendrait à une conclusion où l'unanimité ne serait affaire que de quelques rares exceptions.
Épargnons-nous donc une inutile réflexion. No Limits, nouvel effort du chanteur allemand Udo Dirkschneider, est une pierre supplémentaire sacrifiant à ce conformisme traditionnel germanique souvent décrié par les fanatiques avide de changements incessants. Rien d'étonnant à cela, après tout, puisque son prédécesseur Solid fut, lui aussi, du même acabit. Difficile d'ailleurs d'émettre des critiques s'agissant de cet immobilisme alors que chacune des tentatives du chanteur pour s'acquitter de cet académisme, en solo ou au sein d'Accept, se solda par de cuisant échec.
Une fois l'évidente vérité de ce classicisme énoncé, il ne nous sera pourtant pas permis de faire l'économie d'une description plus précise et plus complète, et ce afin d'offrir à ce nouveau méfait tous les honneurs, et tous les déshonneurs, qu'ils méritent de recueillir.
Car soyons honnêtes, si le propos n'y est pas d'un caractère suffisamment nouveau pour provoquer un émerveillement extraordinaire, il traduit parfaitement les convictions profondes et l'attachement sincères de son chanteur Udo Dirkschneider quant à ce Heavy Metal classique dont il participa à écrire, avec certains illustres acolytes, quelques pages fondatrices. Plaisant, cet album l'est donc assurément, et des titres tels que les séduisants Freelance Man, Way of Life, No Limits, ou encore, par exemple, Rated X, ne pourront altérer cette relative bonne tenue et ce sentiment tenace de posséder ici un album ordinaire et intéressant.
Outres donc ce conservatisme récurent évoqué en préambule, aucune imperfection notoire, ou si peu, ne vient donc enrayer une machine dont le souffle, ronronnement routinier, demeure imperturbable.
On pourra simplement pointer du doigt, en sacrifiant toujours encore à l'exercice de la comparaison avec son prédécesseur, un certain manque d'efficacité à produire des titres marquant. Il manque donc à ce No Limits un soupçon d'inspiration qui rend l'ensemble un peu moins convaincant et qui ne permet pas à l'un ou l'autre de ces morceaux de se démarquer positivement mise a part, peut être, l'excellent Azrael, une ballade dans laquelle ces airs à la musicalité soignée parviennent à se faire l'écho de nos propres émois.
Citons aussi I'm a Rebel, reprise d'Accept, qui, quant à elle, de ces refrains, joyeux et désespérément entrainant, affiche un contraste avec le sérieux viril et concerné du reste de l'album. Un défaut, et un morceau, qui n'est pas réellement insupportable, juste ennuyeux.
No Limits est donc une œuvre poursuivant sur les traces de Solid. Un peu moins inspiré et un peu moins efficace, il constitue néanmoins un album qui se laisse écouté avec un certain plaisir pour peu qu'on ne soit pas réfractaire à l'académisme
saxon.