Découragé par une aventure artistique dans laquelle désormais la recherche d'un style nouveau, hybride et contemporain semble être la référence, et ce au mépris même d'une identité profonde et emblématique aux expirations cultes instigatrices de vocations (Restless and Wild (1982), Balls to the Walls (1984) ou encore, par exemple, Metal Heart(1985)), Udo va, une fois encore, abandonné ses complices pour poursuivre sur le chemin de ses propres convictions. Ces dernières, plus enclines à respecter les coutumes d'un Heavy Metal certes plus traditionnel, mais surtout plus efficaces, vont s'exprimer au sein d'un nouvel effort intitulé Solid, faisant suite aux catastrophiques derniers albums du mythe allemand égaré dans les abysses d'hésitations maladroites et vaines (Objection Overruled (1993), Death Row (1994), mais surtout l'atroce Predator (1996)).
Les desseins créatifs d'Udo sont finalement assez clairement et assez simplement définis sur ce nouvel opus. Fort d'une expérience récente désastreuse et fort de certaines valeurs autrefois exprimées au cœur d'albums solo très attachants, le chanteur se doit de ne pas sombrer dans les errements artistiques stériles, et de surcroit, de ne pas succomber aux sirènes trop contemporaines qui lui firent composer un excellent Timebomb bien que, sans doute, un peu trop linéaire et un peu trop excessif dans l'expression d'une agressivité omniprésente. Du moins pour les oreilles de ceux qui se refusèrent à en saisir les nuances assurément succinctes mais pourtant bien présentes. La critique et le ressenti face à cette expression plus brut sont donc partiales et certains, dont votre modeste serviteurs considère, à tord ou a raison, que cette nouvelle virulence soudaine fait de ce Timebomb un album remarquable.
Quoiqu'il en soit, et pour en revenir à l'objet de cette chronique, Solid est une affirmation claire des désirs d'Udo Dirkschneider. Ici, point de compromis à une quelconque nécessité Néo dicté par l'époque. Ici point de stigmates, même brefs, dévolus à un quelconque besoin Punk. Ici point de rapidité abusive. Ici point d'arôme Thrash. Ici point de concession. Ici point de conciliation. Ici, tout n'est que l'expression d'un Heavy Metal traditionnel aux accents mélodiques très marqués. Une signature symptomatique du chanteur
saxon qui, aidé de son vieux camarade Stefan Kaufmann, nous propose quelques moments qui, s'ils ne sont pas de nature à révolutionner un genre établi, sont suffisants à nous procurer du plaisir. Et ainsi, au son de titres tels que les très bons Independance Day, Two Faced Woman, tels que l'excellent Devil's Dice et son déroulement lancinant, ou tels que par exemple, Pray for the Hunted, Udo parvient à nous faire voyager du temps de sa splendeur triomphante, époque bénie où sortaient ces premières œuvres solo.
Notons aussi la présence sur ce nouvel effort de The Healer. Ballade désabusée où Udo nous offre quelques nuances délicieusement expressives dans ses chants. Le titre se charge d'une émotion superbe alors que le vocaliste nous donne à entendre les variations de sa voix sur quelques guitares acoustiques divines.
Bien évidemment, les esprits chafouins, polémistes patentés, ne pourront s'empêcher de relever ici quelques défauts indéniables. Ils nous parleront d'un manque indiscutable d'originalité dans la composition de morceaux qui, outres ceux évoqués, seront somme toute assez classiques. Ils argueront, de surcroît, en surenchérissant sur cette pochette assez caricaturale. Si ces analystes orientés n'auront effectivement pas fondamentalement tort, ils leurs faudra tout de même faire preuve d'un minimum de bonne foi et ne pas oublier qu'au delà de ce conformisme indéniable, le vocaliste allemand et ses acolytes font preuve d'une indéfectible sincérité. Combien d'autres groupes, artistes ou musiciens peuvent-ils en dire autant? Combien ont tournés le dos à leurs désirs au nom d'une renommé illusoires? Combien d'albums sont le résultat de compromis? Pas Udo. Pas Solid.