Live And Dangerous est le premier enregistrement en public de
Thin Lizzy et force est de constater que la barre a été placée haut, très haut. Pour les profanes,
Thin Lizzy est le groupe de référence quand on parle du hard rock irlandais et même si le succès s'est refusé à lui aux USA, il a laissé une emprunte fort en Europe. Il suffit de demander aux mecs d'
Iron Maiden, de
Pretty Maids ou encore à Mike Tramp ce qu'ils en pensent. La réponse devrait être unanime : une grande, grande référence dans le monde du rock et du hard rock, au même titre qu'un certain
Queen qui les avait d'ailleurs emmené avec eux en tournée à cette époque.
Si sur album
Thin Lizzy offre une musique racée et très colorée, à l'instar de
Phil Lynott, chanteur/bassiste métis, où le blues se mêle à la soul, la soul au hard rock le plus dur, sur scène, la donne est légèrement différente. Si la mélodie et les particularités de styles sont toujours présentes, elles sont vites supplantées par l'énergie que dégage le groupe. Difficile de se dé-focaliser de ce mur de son créé par la formation irlandaise qui livre là ses plus beaux joyaux, moins quelques uns avec une force de conviction attractive, plaisante et surtout, communicative. Le son se veut plus lourd, plus abrasif, la voix de Lynott moins enjôleuse, plus rugueuse. Derrière-lui, les musiciens répondent présent. La paire de guitaristes représentée par
Scott Gorham et
Brian Robertson s'affrontent durant des joutes qu'ils ne prolongent jamais, se concentrant sur l'essentiel, l'essence même de la chanson tandis que derrière ses fûts,
Brian Downey est comme à son habitude impériale : frappe de mule sûre et précise, technicité suffisante pour tirer la rythmique vers le haut, et même si concert oblige, il est en retrait, son rôle de métronome n'en demeure pas moins
primordial.
Et
Thin Lizzy nous invite à entrer dans la gigue avec insistance, même si la tendresse de Lynott n'est jamais bien loin. Le public, cinquième homme du groupe, est bien là, présent, attentif et heureux. Il se fait entendre et il prend son pied, mais il y a de quoi ! C'est un véritable feu d'artifice auquel la formation l'a convié. Le début est radical :
Jailbeak et
Emerald se succèdent sans temps mort. Un acte courageux, qui aurait pu sonner le glas pour bien d'autres groupes. Une entame parfaite qui met directement dans l'ambiance. Ensuite,
Thin Lizzy se nuance, aussi bien dans la virulence que dans le chant, qui prend rapidement des nuances différentes, quand Lynott doit insuffler ce surplus d'âme qui faisait de sa bande une machine de guerre si attachante. Quand
Still In Love With You succède à
Massacre, ce sont deux mondes différents qui se présentent à l'auditeur. La seconde est un titre heavy, radical et d'une noirceur sale. La première est une longue ballade, langoureuse et sexy, qui s'insinue au plus profond de l'être jusqu'à le toucher en plein coeur. Exercice difficile sur scène, mais exercice réussi : la passion et la détresse sont parfaitement restituées et le public n'a plus qu'à boire les paroles de Lynott et sécher ses larmes.
Evidemment, la période 1976-1977 est la plus représentée avec sa triplette d'albums devenus cultes pour certains. Du coup, les retours en arrière se font rares, à l'époque où
Thin Lizzy était encore plus particulier, où son folk évoluait lentement vers les contrées plus arides du hard rock. On y retrouve des traces, comme
The Rocker, titre génial et inspiré, mais pourquoi ne pas avoir fait figurer leur premier grand succès, le célèbre
Whiskey In The Jar, qui n'aurait pas dépareillé sur ce live ? Faute de place, l'envie qui n'y était pas ?
Ensuite, ce live est bourré d'overdubs (exception faite de la batterie et de l'audience), mais pour une fois, on y fera fi. Parce que mine de rien, le rendu est immense et sonne de façon très naturel, l'ensemble n'est pas trop lisse pour être honnête et la faute fut avouée dès le départ. Il n'y a pas eu de tricherie manifeste : les faits n'ont pas été cachés et Live And Dangerous ne perd pas de son impact. Au contraire, il vieillit même très bien.
Live And Dangerous figure parmi les albums live que vous devez absolument avoir dans votre collection. Si ce n'est pas déjà fait, courrez l'acheter rapidement. Il reste le meilleur moyen de découvrir
Thin Lizzy plutôt que de claquer son fric dans une quelconque compilation qui sera discordante au niveau des sonorités. Un grand groupe qui signe un grand disque, mais encore une fois, le succès ne fut pas tout à fait celui qui était escompté.