Le cas des allemands d'Accept demeure, de certains points de vues, assez incompréhensible. Référent incontournable jusqu'à la fin des années 80, le groupe disparait presque totalement dans la décennie suivante. Bien évidemment certains des aspects de cette mystérieuse absence artistique peuvent trouver une part d'explication dans les bouleversements d'une décade fatigué par un classicisme dont les saxons, de par leur cultures rigoristes, n'ont jamais véritablement su se défaire. Il y eut aussi deux albums qui alimentèrent indiscutablement une incessante controverse. D'abord Russian Roulette qui fut l'album le plus mélodique jamais produit jusqu'alors par ces germains. Loin d'être anodin et raté, bien au contraire, l'album suscita pourtant des rancœurs exprimées par la colère d'adeptes iconoclastes sourds aux volontés de changements. Ces ressentiments finirent par atteindre le groupe et par provoquer la scission de celui-ci. Puis il y eut ensuite Eat the Heat qui, quant à lui, fut la source de tensions et de débats plus nombreux encore. Premier, et seul, album dans lequel officia le chanteur américains David Reece en lieu et place du charismatique Udo Dirkschneider. Il est clair que la voix à la musicalité plus douce de l'américain ainsi que les morceaux moins âpre de ce manifeste ne firent pas l'unanimité. Pourtant quoiqu'en pensent les puristes, éternel gardien du temple et de ces traditions, ce Eat the Heat demeure un très bon album. Simplement il est bien trop éloigné du Heavy Metal et bien plus encore d'Accept. Nul doute que si d'autre avait sortis ce manifeste de Hard Rock mélodique estampillé à l'entête d'un autre patronyme, son destin eut put être différent. Finalement, à bien y regarder de plus prêt, le cas de ces germains n'est pas si énigmatique qu'il y paraissait d'emblée. La séparation du groupe était donc inéluctable.
Dans cette décennie de silence relatif, ponctuée par nombres de compilations et de Live divers, il y eut pourtant cette reformation tant attendue. Il y eut aussi quelques albums moyennement convaincant tels que Objection Overruled (1993) ou encore Death Row (1994). Mais il y eut surtout ce Predator sortis en 1996.
Poursuivant sur la voie tracée, en partie, par Death Row, le groupe, sur cet album, nous propose une vision plus moderne de sa musique. Toutefois il le fais maladroitement. Ou plutôt de manière tronquée. Puisqu'alourdissant sensiblement ses riff, donnant l'opportunité à Peter Baltes de donner de sa voix rauque et offrant à sa musique quelques saccades, il s'approche des rives propres au Power Metal dissonant à l'américaine, aussi appelé Groove Metal. Une face plus lourde que le groupe a décidé, dans une sorte de démarche hybride, de conjuguer à l'aspect plus mélodique d'un Heavy qu'il maitrise davantage. Inutile de dissimuler plus longtemps qu'outre ces passages exclusivement modernes peu passionnant, dans lesquels le groupe s'égare, le résultat de ces autres moments où il combine ces deux aspirations, Power et Heavy mélodique, est désespérément sans saveur (Making me Scream, Diggin' In The Dirt, Lay it Down, Predator ou encore, par exemple, le pénible Primitive). L'ensemble de ces titres, fruit d'un hideux métissage, manque donc cruellement d'intérêt.
Et exception faites de ces morceaux désagréables, lorsque les allemands accepte enfin de revenir sur les terres plus classiques de ce Heavy mâtiné de ce bon vieux Hard Rock, il en résulte un Hard Attack au climat mélodique coincé entre Eat the Heat et Russian Roulette, servis par ces riffs teintés de Rock délicieusement suave. Sur le même schéma l'excellent Crossroad et son refrain très réussis mais aussi Take Out the Crime, Don't Give a Damn ou encore Run Through the Night parviennent à éveiller en nous l'once d'une bienveillance à l'encontre d'un Accept à la dérive.
Egaré dans une démarche pas franchement claire dans laquelle, d'un côté il mêle son Heavy traditionnelle à un Groove Metal à l'américaine pour un résultat poussif, et de l'autre il se contente de parfaitement réciter ces gammes les plus classiquement classiques, Accept nous propose un Predator totalement insignifiant que seul quelques trop rares moment viennent sauver d'un désastre complet.