Duncan Patterson n’est pas un illustre inconnu, non... Ancien bassiste du grand
Anathema, avec qui il entretient encore aujourd’hui de très bonnes relations, le bonhomme est également connu pour avoir officié au sein d’
Antimatter, groupe fondé avec
Mick Moss en 1998.
Après plusieurs années placées sous le signe d’une collaboration fructueuse, le duo se sépare en 2005, suite à la sortie du magnifique
Planetary Confinement.
Moss continuera son périple seul avec
Antimatter, tandis que
Patterson reviendra l'année suivante avec
Madre, Protegenos, premier album de son projet au patronyme énigmatique :
Íon .
Pour son premier essai,
Ion propose une musique riche, très riche, qui nécessitera plusieurs écoutes pour se laisser apprivoiser, et pour en apprécier pleinement toutes les nuances. L’album possède également un feeling très sombre, qui, dans un certain sens, le rapproche de la scène
Doom, même si l’on est ici à mille lieues du monde du
Metal…
Dès les premières notes de «
Madre, Protegenos», l’auditeur se retrouve plongé dans le monde angoissant de
Duncan Patterson. Et que penser de cette unique phare, «
Mère, protège nous», déclamée dans plusieurs langues ? Hypnotique et entêtant, ni plus, ni moins…
Íon ne cache pas ses influences, et ne manquera pas par moments de rappeler le regretté
Dead Can Dance. Pour autant, le sieur
Patterson n’en oublie pas ses origines (son arrière grand-père,
Johnny Patterson, étant une légende de la musique populaire Irlandaise) et nous sert avec «
Learpholl» un titre aux sonorités Celtiques assumées, le plus long de l’album (6:21), et accessoirement l’un des plus lumineux. Une bouffée d’air frais salvatrice, qui aurait sûrement gagnée à être placée en milieu de parcours, afin de nous laisser respirer un peu. Ce rôle est néanmoins assumé par l’instrumental placé deux pistes plus loin, même si ce dernier n’apporte pas grand-chose à l’ensemble...
A ce sujet, on pourra d'ailleurs pester une nouvelle fois contre le choix de l’ordre des morceaux. Il aurait été plus judicieux d’intervertir cette piste avec l’autre instrumental, «
Fé, Esperanza, Amor», plus enlevé, et pouvant efficacement servir à décompresser avant un final réellement émouvant…
A ce titre, la pièce maîtresse de l’album est incontestablement le poignant «
Goodbye Johnny Dear», écrit par l’arrière grand-père de
Patterson, et ici transformé en pièce ambiante torturée et d’une noirceur absolue, qui donne les larmes aux yeux...
En définitive, malgré une disposition des titres un peu calamiteuse (mais pas rédhibitoire),
Íon sort là un très bon disque, maîtrisé et plaisant, pour peu que l’on ait la patience, et surtout l’envie, de s’y plonger.
Duncan Patterson, seul maître à bord de son embarcat-
Íon (désolé…), nous fait voguer à ses côtés tantôt en pleine tourmente, tantôt sur des océans de grâce et de beauté, et c’est là que réside tout l’intérêt de
Madre, Protegenos.