Quelques mois après un Wheels Of Steel qui ressemblait déjà à un coup de pied là où ça fait mal (c'est à dire : au genou),
Saxon publie ce Strong Arm Of The Law qui lui frappe directement sous la ceinture. Plein d'énergie, le groupe exploite pleinement la force de frappe présente sur l'opus précédent pour la rendre encore plus performante. La formation anglaise se sublime, monte la violence et la vitesse d'exécution d'un cran. Le hard rock virulent teinté du cambouis de
Motörhead est toujours présent, mais le spectre du heavy metal plane de plus en plus sur le groupe, aussi bien dans la façon de jouer que dans les thématiques abordées.
Les premiers mots que l'ont entend ont le mérite d'être clairs : Kick ass ! Et c'est exactement ce que
Saxon fait sur ce
Heavy Metal Thunder où le spectre de
Motörhead plane assurément. Riff saccadé, profondément rock'n'roll, doublé d'une rythmique puissante et presque bourrine, chant hargneux de la part de
Biff Byford, le groupe ne fait pas semblant. Il a réussi à sublimer le style peaufiné sur Wheels Of Steel en l'espace de quelques mois, bien aidé par l'expérience de la scène.
Heavy Metal Thunder est loin d'être un cas isolé. Tous les morceaux jouissent d'une puissance live tout en maîtrise qui leur est profitable. Ainsi, des compositions qui auraient pu être ternes s'ouvrent comme des fleurs au petit matin pour commencer à répandre leurs phéromones.
To Hell And Back Again par exemple, aurait vite pu devenir une bouillie sonore tant le refrain tombe vite après les couplets, éructé avec rage sur une guitare qui oeuvre dans l'agressivité. Une autre des réussites de cet album.
Saxon s'ouvre de nouvelles portes, il explore allègrement les pièces. Brutal pour son époque, précis et aiguisé comme la lame d'un rasoir, le groupe a enfin réussi à digérer ses influences pour se définir son propre style. Un heavy rock de biker qui fait parfaitement le pont entre le côté très direct et épuré d'un
AC/DC et la rigueur angoissante d'un
Iron Maiden.
Et sans perdre de vue cette optique,
Saxon tend également à apporter de la mélodie à son jeu basé sur l'efficacité brute. Ainsi, des titres comme
Strong Arm Of The Law où le grandiose
Dallas 1 PM qui clôt l'album proposent quelque chose d'intermédiaire, plus lisses dans leurs genres, sans perdre pour autant de cette furia caractéristique à ce disque. Le groupe se montre plus ambitieux, notamment sur le dernier morceau cité, qui raconte de façon épique l'assassinat de John Fitzgerald Kennedy, en y mettant ce qu'il faut d'émotion pour la crédibilité. Des variations au milieu du déluge auréolé de rock'n'roll qui donne toute sa crédibilité à l'opus. En effet, sans ces compositions plus posées, plus travaillés peut-être, on se serait retrouvé face à un alignement de titres frondeurs aux refrains répétés, hachés, martyrisant les tympans à la longue. En s'offrant des déviations stylistiques,
Saxon s'ouvre d'avantage au monde et s'offre une plus-value aussi nécessaire qu'essentielle au bon équilibre de ce Strong Arm Of The Law.
Alors oui, pour l'époque, ça tabasse sévèrement, ça fuse dans tous les sens. Quand
Saxon se rapproche du blues (
Hungry Years), c'est une fois de plus pour arracher le poil plutôt que de le caresser dans le sens convenu. L'album est rêche, sévère, agréablement punchy, dénué de tout superflu. On peu lui reprocher une certaine redondance au niveau des riffs, qui prennent une sonorité qui peut se confondre quand l'ensemble tend vers des rivages plus rock, mais cela devient accessoire. La puissance des refrain, le râpeux de la voix, les rythmiques carrées et efficaces font que l'on rentre dans ce disque et que l'on n'y ressort pas.
En 1980,
Iron Maiden n'est pas le seul leader de la scène NWOBHM.
Saxon lui faisait mine de rien de l'ombre, avec déjà trois albums gagnant en puissance à chaque fois à son actif. Un concurrent sérieux pour la Vierge de Fer et une bête de scène énorme, qui dévastait tout sur son passage. Avec Srong Arm Of The Law,
Saxon signe l'un de ses meilleurs disque, gonflé d'hymnes encore joué live aujourd'hui. Une des pierres angulaire du groupe, un monument du heavy metal en général. Tout simplement démentiel.