La situation de
Testament n'est pas aussi enviable que cela au lendemain du deuxième album,
The New Order. Copie défectueuse du violent
The Legacy, ce disque aura certes connu une belle carrière, mais aura placé les cinq thrashers dans une situation délicate. Le groupe avait l'obligation de sortir de la voie qu'ils s'étaient tracées sous peine de tourner en rond, surtout que le troisième album est toujours un cap à franchir : ça passe et tout va pour le mieux ou ça casse et l'avenir du combo est très mal engagé.
Ainsi, Testament va chercher à affiner son style, à se renouveler pour éviter de tomber dans le piège de la redite. Même si l'influence de
Metallica est toujours très présente, on peut affirmer que Testament, petit à petit, parvient à trouver son style sous la forme d'un thrash mélodique de bonne facture, qui prend le temps de s'affirmer le long de dix titres. Mais Practice What You Preach n'est pas forcément le genre de disque qui s'apprécie immédiatement. Il faut lui laisser sa chance, lui accorder plusieurs écoutes pour réellement entrer dedans. Le groupe n'est pas pressé, les speederies d'antan ne sont plus d'actualité. Non, les musiciens préfèrent évoluer dans des mid tempos qui leur permettent de poser l'ambiance, de meubler l'album tout en construisant un canevas qui mine de rien à de la gueule.
Même si les parties de batterie ne sont toujours pas très originales et manquent singulièrement de technique,
Louie Clemente assure tout de même son job grâce à une frappe régulière et mastoque, sur laquelle la paire de guitaristes pose ses riffs, des rythmiques qui oscillent souvent entre thrash et heavy, sublimées par les soli d'
Alex Skolnick, technique, qui se lance dans des bavardages intéressants, jamais ennuyeux. Et évidemment, il y a la voix de
Chuck Billy, rauque, proche de celle d'un
James Hetfield en un peu plus traînante. Il dispose enfin de l'espace qu'il lui faut pour chanter sans avoir à se déchirer la gorge, les tempos moins rapides étant propices pour un tour de chant. Il s'impose avec classe sur les titres les plus pêchus de l'album (
Practice What You Preach,
Time Is Coming,
Sins Of Omission...), mais sa prestation la plus remarquable se fera sur la bien nommée
The Ballad, composition mélancolique où la voix du chanteur se fait mélodieuse avant de prendre une tournure plus agressive quand ça s'énerve. Une ballade à la Metallica, diront certains, sans grande originalité...
C'est justement ce manque d'originalité sur certains passages qui refroidit de nombreuses personnes quant à cet album : farce insignifiante pour certains, petit chef d'oeuvre du thrash pour d'autres... En tout cas, cet opus aura permis à Testament de participer au
Clash Of The Titans, en compagnie de petits groupes comme
Slayer,
Megadeth et
Suicidal Tendencies... Un bon disque.