Après un premier album dévastateur, The Legacy,
Testament a connu un parcours chaotique, entre un New Order qui n'arrivait pas à se démarquer de son glorieux ainé et un
Practice What You Preach qui tentait une approche plus personnelle, le groupe de Chuck Billy restait malgré lui un second couteau de la scène thrash. Lui qui n'avait de cesse de taper à la porte du Big Four à grands coups de bélier, rien n'y faisait, le carré d'as n'allait pas devenir une quinte flush royale.
Puis arrive ce
Souls Of Black, quatrième album du combo. Et malheureusement,
Testament enclenche le pilotage automatique pour un disque trop homogène pour sortir du lot, pas assez inspiré pour s'imposer sur une scène qui commençait à souffrir de la concurrence du turbulent death metal. Pourtant, ça ne commence pas si mal que ça avec une courte intro hispanisante, typée flamenco en diable, mais le problème surgit tout de suite après :
Face In The Sky sonne très, trop classique et met tout de suite le doigt sur les lacunes de production, trop faiblarde, destinée à très mal vieillir (constat facile et amer quelques dix-neuf ans plus tard...). Les satisfactions proviennent principalement de la voix de Chuck Billy, agréable sur les passages mélodique mais aussi susceptible de vous arracher les tympans sur les couplets ou les refrains énervés, et surtout des soli majestueux d'Alex Skolnick, guitariste flamboyant qui montre une fois de plus toute l'étendue de son talent, entre hargne et délicatesse.
Alors les morceaux se succèdent, avec quelques rares surprises, comme le title track et son ambiance glauque, étrangement aquatique, comme si une créature tapie dans les marécages remontait à la surface. Ou surtout la formidable power ballad
The Legacy à la fois mélodieuse et puissante, qui permet d'apprécier pleinement le talent des musiciens. Il peut paraitre incongru de définir une ballade comme meilleur morceau d'un album de thrash, mais c'est pourtant le fait le plus notable de ce disque qui tourne méchamment en rond.
Avec
Souls Of Black,
Testament se place dans une situation difficile avec un disque qui manque cruellement d'inspiration. Les fondations du groupe en tremblent, surtout que
Megadeth,
Slayer ou encore
Kreator en Europe prenaient leurs aises avec des productions historiques du genre, relayant
Testament à plusieurs longueurs derrière eux. Et surtout, sous l'aile de Bob Rock,
Metallica se préparait à sortir son album éponyme, qui allait grandement bouleverser l'équilibre du thrash américain...