Ce n'était pas la grande forme chez
Testament.
Souls Of Black sentait le réchauffé et la grosse baisse de vitesse pour les thrashers qui se laissaient distancer par la tête du peloton. Pour couronner le tout,
Metallica changeait grandement la donne avec son album éponyme l'année suivante, donnant un grand coup de pied dans la fourmilière thrash. La norme n'était plus aux rythmes effrénés, aux riffs syncopés et au headbanging à outrance, mais à une nouvelle approche de la musique, proche de l'esprit heavy metal.
Megadeth avait déjà pris les devants avec
Countdown To Extinction ,
Exodus allait suivre avec
Force Of Habit (et se montrer le mauvais élève de la classe) et quelques années plus tard, même les deatheux de
Cancer s'orienteront vers une formule plus heavy que outretombesque. Alléchée par le succès remporté par les Four Horsemen, la maison de disque de
Testament, Atlantic, impose à son poulain de suivre une voie similaire. Bon gré, mal gré,
Testament va donc écrire un album lourd de chez lourd, où toute l'essence du terme "heavy metal" devient d'une limpidité déconcertante.
On peut reprocher à
Testament d'être allé un peu trop loin dans l'idée qu'il se fait d'un disque de heavy metal, pariant sur des mid tempos qui ne laissent pas d'espaces pour respirer. La rythmique est absolument pachydermique, compacte à souhait, les guitares grasses, et malgré tout dangereusement acérées. Les soli de
Alex Skolnick font toujours autant d'effet, d'une limpidité fulgurante. Ce n'est plus du thrash et les amateurs du genre peuvent faire la gueule car ce Ritual n'a à première vue pas grand chose pour lui. Lourdingue est le premier terme à venir à l'esprit. Ce n'est plus de la musique, mais un rouleau compresseur sonique qui avance lentement sur l'auditeur. Un disque foutage de gueule en somme, puisqu'il fallait faire du heavy metal autant donner des arguments à la maison de disque pour qu'ils ne réitèrent pas la demande !
Mais ce serait avoir une vision superficielle de cet opus mal aimé. Parce qu'en grattant la fine couche de vernis, on découvre une ribambelle de morceaux bons, voire fantastiques. Certes, il y a un peu de remplissage, les dix morceaux (onze en comptant la courte intro instrumentale) ne sont pas sur un pied d'égalité. Il y en a qui font clairement de l'ombre à leurs confrères. Déjà, impossible de passer outre l'enchaînement malsain entre l'intro
Signs Of Chaos et le mouvementé
Electric Crown, ou de ne pas frémir sur le très sabbathien
So Many Lies. Evidemment, sournoisement même, le meilleur morceau de la galette demeure encore une fois la power ballad,
Return To Serenity, absolument impériale - un des grands classiques de
Testament. Un titre fluide, où l'électricité et la douceur vivent un mariage de déraison, absolument orgasmique. Une des très grandes prestations de
Chuck Billy derrière le micro, au sommet de sa classe. Il n'aura jamais aussi bien chanté et ne chantera plus jamais de la même façon.
Malheureusement, ce disque sera un flop. En se faisant l'apôtre d'un heavy metal qui ne galvaude pas le terme,
Testament est certainement allé trop loin dans sa démarche. Cela provoquera le départ du plusieurs membres du groupe, dont celui du prodige Alex Skolnick, qui s'en ira du côté de
Savatage avant de se consacrer pleinement à sa passion pour le jazz. The Ritual fut descendu en flèche par les critiques et bon nombre de fans. Pourtant, il est certainement le disque de
Testament le plus original depuis...
The Legacy ? Un bon disque, à défaut d'être grand.