1994 est une année noire pour les fans de thrash des '80.
Metallica et
Megadeth sont allé voir du côté du heavy metal s'ils y étaient,
Anthrax a radicalement changé de son,
Kreator était au bord de l'implosion après l'échec commercial de Renewal,
Sodom sombrait dans l'indifférence,
Destruction n'existait plus franchement. Aux USA,
Exodus avait splitté,
Overkill avait pondu un disque sans saveur et
Slayer était déjà pris en grippe par une partie des fans qui leur en voulait d'avoir viré Dave Lombardo de derrière les fûts (si un jour un livre était écrit sur le thrash, nul doute qu'il s'agirait d'un chapitre copieux)... Un peu plus haut, au Canada,
Annihilator montrait déjà des signes de faiblesse. Bien sûr, il y avait
Machine Head qui débarquait pour redessiner les contours du genre,
Pantera qui évoluait dans un style en marge et
Nevermore qui attendait son heure, encore dans l'ombre. Et au milieu, il y avait
Testament, jugé comme un mort vivant après un Ritual qui n'avait pas plu aux fans et surtout, après le départ d'
Alex Skolnick, parti rejoindre
Savatage.
Testament qui ressemblait aux personnages du Radeau de la Méduse de Géricault : condamnés à plus ou moins long terme.
Et pourtant,
Testament réalise le tour de force que les autres groupes de sa génération auront manqué : sortir un disque ne reniant pas ses convictions tout en étant moderne et réussi. Déjà, les changements de line-up sont judicieux. A la batterie, on retrouve le futur
White Zombie John Tempesta qui fait rapidement oublier son prédécesseur grâce à une excellente technique et surtout, un jeu très varié. Même si Skolnick semble irremplaçable,
Testament a su convaincre la personne qu'il fallait. En effet, le groupe s'adjoint les services de
James Murphy, qui a participé à de nombreux projets death metal, dont
Death et
Obituary, considéré comme un "guitar hero de l'extrême".
Ensuite,
Testament revient à un style bien plus radical. Le décor heavy metal de The Ritual n'aura été qu'une brève façade, on assiste ici à un retour au thrash qui a fait le succès du groupe, dopé par une approche plus moderne. Cela se traduit déjà par le chant de
Chuck Billy, impressionnant, plus dur, plus rentre-dedans. Comme s'il avait bien écouté le travail de
Phil Anselmo avec
Pantera, mais en nuançant le propos, sachant conserver cette approche mélodique dont il a le secret. Mais il étonne également avec ces passages où il rentre dans la peau d'un grogneur death, pour un résultat très satisfaisant :
Dog Faced Gods est l'une des perles de ce disque, un déluge de violence très old school dans l'esprit, mais qui ne fait pas tache au milieu de cet album très lourd, puissant et motivant.
Musicalement, on retrouve l'esprit
Testament, à savoir un thrash de qualité, varié. Ici, les guitaristes s'en donnent à coeur joie, ils construisent des murs de son que la section rythmique vient consolider. Tempesta permet à
Eric Peterson d'être plus ambitieux dans l'écriture. Plutôt que de suivre une idée tout du long sans pouvoir réellement varier à cause de l'absence de breaks, il peut ici donner une texture nouvelle aux morceaux qui respirent mieux, gagnent en complexité et en efficacité. Quant à Murphy, il redéfinit ce qu'est un solo chez
Testament, en imposant son style. Il semblait difficile de succéder à Skolnick, Murphy l'a fait sans problème.
Malgré quelques points noirs (une outro aux relents bluesy qui s'emboîte mal avec le reste, un ou deux morceaux plus faibles sur l'ensemble),
Testament retrouve une seconde jeunesse. Entre tradition et modernité. Si une power ballad comme la superbe
Trail Of Tears est presque attendue et prévisible, le sur-violent
Ride est une véritable surprise, une très bonne surprise, jouissive à souhait.
Low permet à
Testament de se relancer dans la course. Du coup, il apparait comme le groupe de thrash ayant le mieux négocié le passage délicat de l'année 1994, qui aura fait mal à bon nombre de fans des oldies. Quand le carré d'as des '80 disparait, celui que l'on considérait comme la cinquième roue du carrosse renait de ses cendres et en impose vraiment. Il est juste dommage que le succès n'ait pas été tout à fait au rendez-vous. Low reste cependant l'un des trois ou quatre albums de
Testament à posséder absolument.