Le septième album studio de
Testament voit le jour en 1997, soit trois ans après le puissant Low qui avait réconcilié les thrashers de la Bay Area avec le thrash de fort belle manière. Même sans
Alex Skolnick parti voir ailleurs (et plus précisément du côté de
Savatage) s'il y était. Et pourtant, ce n'était pas un pari gagné d'avance, avec un groupe en délicatesse avec son public qui essaye de revenir dans un genre en grande difficulté face au death, black et neo metal. Rien que ça. Mais
Testament s'est refait une santé, a laissé tombé le van pourri pour rouler en bulldozer.
Cette fois-ci, on retrouve
Gene Hoglan (
Dark Angel, Death,
Strapping Young Lad) à la batterie,
Derrick Ramirez à la basse en remplacement d'un Greg Christian démissionnaire en 1996. Et toujours la paire maudite
Chuck Billy et
Eric Peterson, respectivement au chant et à la guitare, âmes damnées du groupe. Un line-up carré, efficace, monstrueux même. Avec, pour seconder de temps à autre Peterson,
Glen Alvelais. On peut toujours objecter que
Testament n'est plus vraiment un groupe, plutôt le projet du duo maléfique mentionné ci-dessus, mais force est de convenir que l'ensemble tient encore bien la route et ne sonne pas comme un simple produit.
Pour ne pas être largué stylistiquement parlant, le groupe se radicalise encore plus. Il y avait bien quelques indices sur Low, un chant plus guttural ça et là. Sur Demonic, il devient plus important, au point de s'imposer.
Testament n'a pas viré death, le fond reste un thrash moderne et efficace, mais Chuck Billy sort volontiers sa grosse voix et il en met plein la vue, ou plutôt plein les oreilles. Ce qui au début s'avère être assez déstabilisant dévoilera son charme au fil des écoutes, même si les fans de la première heure risquent d'avoir un peu plus de mal que les autres.
Les riffs typiques de
Testament sont les grands absents de cet album.
Testament, c'est une école de riffs syncopés, arides et percutants, un son, un style que l'on identifie tout de suite. Bien malin celui qui serait capable d'identifier à l'oreille
New Eyes Of Old avant les premiers passages de Billy avec sa voix traditionnelle. Le groupe a évolué, considérablement, pour rester dans la course. Cependant, il y a toujours quelques riffs qui sentent bon le
Testament des années 80, comme le percutant
Ten Thousand Thrones (ce qui se rapproche le plus de l'impact de la pointe d'un marteau piqueur dans la tronche), ou encore le plus simple
Together As One. Tout sonne moderne, lancinant. On est pris dans la folie dévastatrice d'un
Jun-Jun meurtrier, aux relents death très appuyés, on se dévisse violemment le cou sur l'hymne
John Doe où Billy hurle sa rage. Et face au gabarit de l'homme, on se fait tout petit, on ramasse ses dents et on dit merci pour le dentiste. Un travail important a été accompli sur les ambiances également, sombres, angoissantes et pour le coup, réellement démoniaques.
On en viendrait à regretter l'absence d'une power ballad qui serait un îlot de sécurité, provisoire, entre deux massacres en règle. Non, ce disque bastonne du début à la fin et il n'y a pas de planche de salut. On déguste, mais ça finit lentement par tourner en rond. On aurait aimé un peu plus de fantaisie au milieu de cette déferlante. Là, ce n'est pas encore de la violence gratuite, mais ça s'en rapproche dangereusement.
Demonic est un disque uppercut-direct-du-droit-coup-de-boule-rotatif-venu-de-la-quatrième-dimension, qu'on attendait pas et dont on se souvient aisément après avoir été salement piétiné. Mais c'est peut-être un peu trop too much, trop extrême pour du
Testament qui s'est tout de même pas mal dénaturé en accentuant un côté death qui ne leur appartient pas vraiment. Le disque reste très bon, mais les vieux fans risquent de faire un peu la gueule. Les autres s'en délecteront avant d'être littéralement atomisé par le prochain...