Deux ans après un Demonic qui avait surpris les fans avec cette approche death metal dans le chant,
Testament nous revient comme si de rien n'était avec son nouvel album, intitulé
The Gathering, à la pochette plutôt glauque. Rien qu'à la voir, on sent que le groupe n'a pas envie de rire. En jetant un coup d'oeil rapide au livret, on reste coi devant le line-up. Seuls deux membres qui ont participé à The Legacy douze ans plus tôt sont encore présent : le chanteur
Chuck Billy et le guitariste
Eric Peterson. Mais à côté, les noms qui se sont rajoutés sont tout simplement démentiels :
James Murphy (qui a oeuvré chez
Death et
Obituary),
Steve DiGiorgio à la basse (lui aussi un ancien de Death) et
Dave Lombardo derrière les fûts (inutile de présenter le batteur mythique de
Slayer et l'instigateur de Grip Inc, non ?). Bref, ce n'est plus un groupe, mais l'Invincible Armada qui se présente là, un couteau entre les dents et les canons chargés à bloc.
Bien sûr, on peut se méfier de ce genre de "super-groupe". On a déjà vu de tels assemblages ne produire que de la médiocrité, faute à de sérieux problèmes d'égo. Mais pourtant, ici, la sauce prend vite entre ces spécialistes de la scène thrash et death américaine, sur le circuit depuis de nombreuses années et dont le pédigrée parle pour eux.
The Gathering est un album menaçant, un véritable rouleau compresseur qui fond sur l'auditeur sans lui laisser la moindre chance. Un disque de tueurs en somme.
Peterson et Billy ont corrigé les erreurs qui apparaissent sur Demonic. Ils ont grandement dopé le son des guitares, tout en conservant cette approche death dans le chant sans qu'elle ne soit systématique. Billy évolue entre un registre clean et une voix grave et agressive. S'il semble nous enjôler, c'est pour mieux nous briser la nuque par la suite. Des morceaux comme
D.N.R (Do Not Resucitate) ou
Eyes Of Wrath fonctionnent de ce fait très bien, entre la mélodie et la fureur à l'état brute.
Testament améliore sa formule et pratique un thrash qui garde des tons conventionnels même si son amplitude lui permet de sonner de façon moderne. Un juste milieu de trouvé, en somme.
Derrière, la section rythmique est ahurissante. Lombardo et DiGiorgio forment un tandem effroyable au niveau de l'efficacité. La charge est précise, elle offre au groupe l'une des assises les plus solides qu'il n'ait jamais eu. Avec sa science du break meurtrier, Lombardo peut se vanter de provoquer une fois de plus quelques cassages de nuque fort à propos. Peterson aligne ses riffs avec précisions, tandis que Murphy se régale sur ses nombreux soli.
Testament nous surprend là où l'on ne l'attendait pas forcément. Brutal, réfléchi, variant les tempos comme jamais, le groupe prend de l'étoffe, une envergure presque inédite. Le temps des regrets peut arriver, on attendait pareille tuerie depuis trop longtemps...
Très compact, assez court,
The Gathering est un album puissant, racé. Il se montre des plus efficace en toute situation. On peut regretter la traditionnelle power ballad du groupe, qui amène un moment d'accalmie avant une explosion aussi brutale que jouissive, mais difficile de faire la fine bouche face à cet ouvrage de qualité, presque onirique tant le line-up, la force des compositions sont complètement inattendus.
Testament a su surprendre son monde, il a su se nourrir de son passé et embrasser la modernité pour offrir à ses fans son album le plus aboutit depuis Low, voir son meilleur disque depuis... The Legacy, tout simplement. Un chef d'oeuvre, mais dont l'effet sera de courte durée, Billy contractant un cancer à la gorge...