Un chroniqueur de mauvais poil a-t-il le droit, du haut de son amateurisme éclairé, démonter le travail de plusieurs semaines, voire de plusieurs mois, de jeunes musiciens qui ont bossé bien plus que lui pour en arriver là ? Non. Ce qu'il peut se permettre avec un groupe établi (et qui peut péter plus haut que son cul) n'a pas lieu d'être avec avec une formation encore balbutiante qui a envie de tenter sa chance dans ce milieu impitoyable. Bref, de mauvaise humeur ou complètement déprimé, le chroniqueur qui est souvent un con lambda se doit d'être juste et en même temps, se débarrasser de son côté salaud pour ne pas devenir insultant par un acte qui peut être qualifié de basse vengeance ou de manque total d'humilité.
Cette démo de Dead Talking Mind pourrait s'en prendre plein la tronche. La comparaison donnée avec
Kreator est purement indicative. Le discours est loin d'être le même, mais on peut retrouver dans le thrash des jeunes gens un certain côté aventureux qui faisaient de Outcast et de Endorama des albums à part. Enfin, aventureux... Disons que les musiciens s'efforcent de ne pas rentrer dans les clichés du genre, bien nombreux. Il y a la dualité entre le chant clair et des grunts, une tendance à ne pas suivre les règles de la batterie systématiquement syncopée ni celle des riffs hachés, mis on est encore loin d'avoir un pur produit original même si pour une seconde démo et pour la moyenne d'âge affichée par le groupe (grosso modo, la vingtaine fleurissante), ce n'est franchement pas si mal. Les influences sont digérées et il y a cette volonté d'afficher un style qui leur soit propre.
Mais attention au chant clair ! Ce dernier prête à sourire aux premières écoutes, avant de devenir vaguement agaçant car pas franchement maîtrisé. On se retrouve presque dans le schéma du deathcore où toutes les parties réellement chantées deviennent une espèce de labeur. Soit Jordan ne tient pas la note, soit on ne le sent pas franchement à l'aise en essayant de garder une certaine mélodie dans ses interventions, ce qui fait qu'il semble chanter constamment faux. Ce n'est pas un problème en soi,
Dave Mustaine a réussi à bâtir une carrière ainsi après tout.
La batterie a parfois tendance à ressortir de façon bizarre, s'imposant dans le son sans pour autant être franchement irréprochable. Problème de mix, problème lié au lieu d'enregistrement ? Parfois, on se demande pourquoi elle ressort de la sorte alors qu'elle semble en décalage avec le reste. Un autre point que Dead Talking Mind entretien avec
Kreator, au moins sur les premiers opus de ces derniers. Ce qui ne leur a pas empêché d'avoir la carrière que l'on sait.
Mais arrêtons de chercher la petite bête et concentrons-nous sur ce qu'il y a de bien. Déjà, ce qui est appréciable, c'est cette Chevauchée des Walkyries en introduction, couplée directement avec le premier véritable morceau,
Paralyzed, avec l'introduction du riff sur le final. On ne sait pas si l'on a affaire à du death car cela tend clairement dans cette direction, surtout quand Thomas s'avance clairement dans sa direction sur sa première intervention. Puis on dévie sur un thrash qui n'est pas franchement quelconque, naviguant sur le Styx, donc allant à l'envers et devenant subitement séduisant. Là encore, le parallèle avec
Kreator, toujours un peu osé est intéressant, les Allemands ayant inspiré la scène extrême. Là, c'est un petit peu l'inverse, Dead Talking Mind s'inspire de celle-ci pour doper sa musique.
Les morceaux se suivent et ne se ressemblent pas forcément, même s'ils ont des gimmicks communs (dualité de chant, blast beats...). Malgré les défauts, cela s'apprécie car on est dans la découverte. Le plus simple est de se faire sa propre idée en allant visiter le myspace du groupe où la démo est proposée en téléchargement (payant).
Bref, la chronique n'est pas forcément tendre. La note de 3/5 peut paraitre alors bien gentille. Ce n'est pas par pitié, c'est parce que derrière tout cela, il y a du potentiel et des idées. Un album semble être à l'étude pour 2012. Cela sera un révélateur bien plus pertinent qu'une démo ne dépassant pas la demi heure. A Dead Talking Mind de corriger ce qui doit l'être et de se forger une originalité. Il y a des possibilités pour que ce soit quelque chose de bien, aussi ça ne sert à rien de descendre inutilement par la note, souvent la seule chose que le lecteur retient. Le texte est quant à lui un peu amer, mais il n'est nullement fait de façon gratuite.