A l'origine, Brutal Planet et Dragontown auraient du former une trilogie. Mais le succès ne fut pas franchement au rendez-vous et
Alice Cooper, dépité, décide de revenir vers quelque chose de plus rock et tant pis pour son concept. Il s'entoure alors de musiciens de renom (on retrouve entre autre
Eric Dover, découvert sur
Slash's Snakepit ou encore
Eric Singer qui a aussi bien officié pour
Black Sabbath,
Kiss, ou
Avantasia) et il s'enferme au studio avec la ferme attention de faire du rock'n'roll comme il l'aime (ou peut-être comme les fans l'aiment ?).
Et de rock'n'roll, il en est bel et bien question sur cet album, ainsi qu'un peu plus que ça. C'est comme si
Alice Cooper avait fait une cure de jouvence, il y a quelque chose d'adolescent dans la musique qui se dégage de cet opus. Alice semble s'amuser comme un petit fou et s'attarde sur son passé, traversant une nouvelle fois les années 80 et le tout début des années 90, sans oublier de faire un détour par les seventies. Et pourtant, jamais The Eyes Of
Alice Cooper ne sonnera de façon passéiste. Le style bien sûr, n'a rien de moderne. Mais l'interprétation qui en est faite l'est. L'album a été produit efficacement, pour éviter justement une certaine patine qui aurait artificiellement vieilli cet opus.
Les morceaux sont tous très courts, directs. Il n'y a pas de bavardage inutile sur cet album. Même les soli ne durent qu'un minimum de temps. Les riffs ne prennent pas la peine de se développer interminablement non plus. Tout est prévu pour que chaque chanson soit un petit brûlot en puissance, où Alice prend rapidement la parole. On remarque qu'il n'use pas fréquemment de son timbre de voix particulier, macabre ou malsain, mais qu'il chante souvent de façon punchy et mélodieuse. Et ce n'est pas désagréable, il est bon de se rappeler de temps en temps qu'il a également une belle voix quand il la travaille quelque peu, que tout ne passe pas par le Grand Guignol.
Ce dernier n'est d'ailleurs pas tout à fait absent, on le retrouve sur l'étonnante
This House Is Haunted qui renoue gentiment avec le côté fantasmagorique qu'il arrivait à développer sur le sublime Welcome To My
Nightmare. Et se plaisant dans le sen sdu contrepied, il explore également des voies un peu plus inédites pour lui, comme sur
I'm So Angry qui développe une espèce de côté punk rock californien sympathique et très sautillant. Alice est en grande forme, il nous régale tout du long, se mettant à chaque fois dans le style de la chanson pour ne pas imposer un style, mais pour donner du style.
Cependant, tout n'est pas parfait. Certains esprits chagrins diront que Alice a choisi clairement la voie de la facilité. Ce n'est pas totalement faux. ce disque ne peut que plaire et pourquoi pas, séduire les pontes de MTV ? Simpliste et amusant, doté de chansons aux titres alambiqués. Il y a des choeurs qui passent bien, du rythme, de la diversité, mais il manque peut-être d'un peu d'âme pour faire un liant efficace ? Cela n'empêche pas l'album d'être plus que satisfaisant, il se montre même carrément jouissif par moment, mais il marque aussi une espèce de petite mort. Le Coop' semble délaisser sa faculté à faire de bons concepts albums et revient à la porté de l'amateur de musique moyen. Avec en prime, un sacré retour en arrière du point de vue style.
The Eyes Of
Alice Cooper, vingt troisième album de notre parrain à tous, montre que l'homme reste encore vaillant et parfaitement capable de chanter avec justesse. La comparaison avec Ozzy ferait mal pour ce dernier. Un disque rock'n'roll, tout simplement, avec quelques petites digressions bien sympathiques, mais qui, en définitive, n'apporte pas grand chose à l'édifice
Alice Cooper au Panthéon du metal.