Parfois, il suffit d'un peu de sang neuf pour que la machine reparte comme en 14 (admirez cette phrase qui ne ressemble strictement à rien...). On pensait que
Saxon n'allait plus qu'avoir une carrière pépère, sans trop se forcer, un groupe en préretraite qui attend tranquillement son siège de sénateur grabataire du metal. Mais voilà,
Graham Oliver quitte le groupe après l'album Dogs Of War et c'est un nouveau membre fondateur qui s'en va. Les autres musiciens ont encore la fois et ils engagent
Doug Scarratt, un illustre inconnu. Pas de quoi affoler les fans. Mais ce dernier donnera une impulsion nouvelle à
Saxon, une impulsion certainement nécessaire.
La pochette agressive est à l'image de l'album.
Saxon s'est réveillé. il délaisse quelque peu le son rock de biker adopté sur Dogs Of War et se débarrasse des sonorités FM qui se faisaient encore sentir sur les derniers albums pour se jeter à pieds joints dans l'univers du heavy metal pour notre plus grand plaisir. Unleash The Beast ne plaisante pas. Le son est lourd, puissant, les guitaristes tricotent des séries de riff gras et tranchants à la fois. Les titres sont directs, ils vont droit à l'essentiel,
Biff Byford semble avoir retrouvé les cordes vocales de ses trente ans et de presque retraités, on pourrait presque penser que le groupe a subi une véritable cure de jouvence. Et ça fait tout, simplement plaisir.
Quand on se penche sur la carrière de
Saxon, on constate qu'il y a un sérieux passage à vide entre 1985 et 1995, où l'un des plus sérieux concurrent de
Iron Maiden est devenu une formation de seconde zone, qui n'offrait pour certains qu'une parodie de eux-mêmes. Avec Unleash The Beast, les musiciens prouvent qu'ils avaient peut-être été enterrés un peu vite. Mais cet état de fait n'arrive-t-il pas trop tard ? Le groupe n'a-t-il pas laissé passé sa chance depuis une décade ? Le constat est sévère, presque sans appel. En même temps,
Saxon est en train d'offrir une alternative intéressante aux fans de la Vierge de Fer déçus par l'orientation plus calme, plus posée abordée depuis le début des années 90 car la bande à Biff revient à des préceptes simples et efficaces : se faire plaisir en jouant un heavy metal sans fioritures, gonflé aux stéroïdes et sentant la sueur de motard. Un programme qui rend le cambouis attractif.
Unleash The Beast est comme un retour en arrière qui se parerait d'un son moderne. On retrouve la fougue des débuts avec la maturité d'aujourd'hui, enfin, de 1997.
Saxon a évolué et il a compris ce qu'attendaient les fans. Pourtant, ce disque ne ressemble pas à un retournement de veste. il sonne de façon bien trop naturel pour cela; C'est spontané, c'est frais et il n'y a rien de manichéen derrière tout cela. Les musiciens se sont simplement souvenu de la bonne formule, celle qui a fait de Strong Arm Of The Law ou de Denim And Leather des incontournables des années 80 dans le domaine du heavy.
Bref, enlevez une pièce usée, changée là par une neuve, même sans marque et la machine repart, en ronronnant doucement. C'est l'impression que donne
Saxon avec cet album d'une qualité rare, trop rare pour ce groupe qui s'était salement enlisé. Un miracle, un soupçon de chance certainement, mais le bilan reste le même : Unleash The Beast est une tuerie, un condensé de heavy metal dont le seul titre vraiment faible est la ballade
Absent Friends, hélas. Mais sinon, on tient là un des incontournables de
Saxon et du heavy metal.