Après le départ de Rob Halford de
Judas Priest, les musiciens sont restés longtemps dans l'incapacité à lui trouver un remplaçant et forcément, certains se sont retrouvés embrigadés dans divers projets (dont
Scott Travis qui avait tenté l'expérience Fight avec le "Metal God").
Glenn Tipton, lui, de son côté, avait pas mal composé et s'était retrouvé avec plus de titres qu'il n'en fallait pour faire un nouvel album avec le Priest et certains ne correspondaient pas forcément au style incisif de son groupe. Aussi décide-t-il de franchir le pas et de sortir un album solo.
Et une chose est certaine, le guitariste sait bien s'entourer. On note de nombreux musiciens sur ce disque, et pas des moindres, si l'on se réfère aux crédits. Les noms de
Billy Sheenan (
Mr Big),
John Entwistle (The Who),
Cozy Powell (
Rainbow) et de
Robert Trujillo (
Ozzy Osbourne) sautent tout de suite aux yeux et ça fait sacrément envie. Reste plus qu'à mettre le disque dans le lecteur pour savoir ce que cette fine équipe nous réserve.
En fait, il n'y a pas franchement de surprises mais si Tipton n'est pas tout à fait là où on l'attendait. Il s'agit bien sûr de heavy metal, assez moderne dans son approche, mais sans pour autant porter le sceau du Priest sur chaque composition. Tipton a décidé d'assurer le chant. Sa voix n'est pas désagréable, juste étrangement éraillée, ce qui la rend assez particulière en définitive sans pour autant se risquer à un comparatif douteux avec celle de Biff Byford de
Saxon. Alors le résultat est souvent sec, parfois un peu quelconque, en-deça de ce que l'on est en droit d'attendre de la part d'un tel guitariste. Ce qui est frappant, quand on connait les albums de
Judas Priest, c'est de ne pas retrouver cette dualité de guitares dans les soli, mais Glenn sait s'adapter et se livre à de très belles prestations, comme en témoigne le morceau titre, un instrumental bien agencé et rondement mené.
Autre surprise qui n'en est pas une, on retrouve une reprise sur Baptizm Of Fire. Il s'agit du célèbre
Paint It Black des Rolling Stones, maintes fois reproduites par d'autres groupes de metal. La version que propose Tipton commence de façon traditionnelle avant de s'enflammer pour un résultat de très bon aloi. Son chant éraillé fait merveille sur ses lignes de guitares tranchantes. On aurait pu imaginer
Judas Priest la jouer ainsi, et on se rend compte alors de la capacité de Glenn à transformer une chanson pour la faire sienne. Un très bon travail, qui démontre une fois de plus les qualités du musiciens.
Malheureusement, le disque se perd quelque peu en longueur et peut devenir répétitif à la longue. On a l'impression que parfois, il n'est pas forcément à l'aise en tant que seul six-cordiste. Que KK Downning lui manque. Aussi il enclenche le pilotage automatique et se laisse aller au gré de compositions qui ne captent pas forcément l'intérêt, dont une certaine forme de brutalité parait presque déplacée. L'homme vit avec son temps et donne des indices quant à ce qu'allait être Jugulator, mais ces morceaux n'auraient-ils pas mieux fait alors de terminer sur ce dernier en lieu et place d'autres, plus faibles ? On pense à
Kill Or Be Killed, parfait exemple de cet état de fait.
Pour un essai solo, après une longue carrière au sein d'un même groupe, c'est plutôt réussi, même si on aurait peut-être aimé plus de fantaisie, plus de prises de risque plutôt que cet album de heavy metal qui aurait pu, un peu modifié, devenir un album de
Judas Priest. Il y a de bonnes choses dessus, des trucs un peu moins sympa, mais surtout, de quoi passer un bon moment, ce qui est l'essentiel après tout.