Drudkh est le genre de groupe sympathique à écouter, mais qui laisse souvent une vague de regrets après coup : comme le fait de ne constater aucune ou très peu d'évolution, faisant un pas en avant pour mieux faire marche arrière par la suite. Et à chaque fois, on leur pardonne, parce que musicalement, il n'y a pas grand chose à redire : c'est inspiré par la scène norvégienne, c'est atmosphérique, misanthropique et on ne peut plus rassurant car valeur sûre de la scène black et ukrainienne. Mais à force d'agir ainsi, le groupe va finir par désolidariser sa fan base de lui-même, l'époque où
AC/DC ou
Iron Maiden pouvaient se permettre de ne pas bouger de leur style est révolue, il y a trop de combos, trop de formations pour qu'une entité comme
Drudkh puisse se laisser aller à l'immobilisme.
La pochette diffère un peu de ce à quoi le groupe nous habitue habituellement. La forêt semble bien loin, le bois qui est l'essence même de
Drudkh (rappelons que
drudkh signifie bois en sanskrit) n'a pas sa place ici. Non, nous avons plutôt droit à la lune et une espèce de sorcière capturant une étoile, le tout dans des tons entre le gris et le bleu. Doit-on voir là l'image d'un renouveau ? Quand on regarde la durée des pistes et du disque, les espoirs s'envolent : six morceaux dont une intro et une outro, de longues plages d'une dizaines de minutes pour quarante et une de musique totale. Un peu comme d'habitude, pour ne pas changer.
Et pourtant, cette fois-ci,
Drudkh joue avec le feu en proposant un style plus lisse, plus accessible. Les guitares se veulent polies, sans aspérités ni agressivité, les mélodies sont bien plus expressives car elles peuvent se développer longuement, dans toute leur finesse et leur complexité, appuyée par une rythmique qui oublie souvent de déborder dans sa furie, ce qui n'est pas une tare ici. Le côté atmosphérique est bien développé, quand les guitares se joignent à un clavier discret, tandis que les soli et certaines phases de riffs témoignent de l'influence que le heavy metal a pu avoir sur la scène.
On se laisse facilement entraîner par cette approche plus soft, légère presque, qui joue nettement plus sur l'introspection avec son côté quelque peu dépressif que sur l'efficacité brute. Le black metal de
Drudkh n'a jamais été arrogant dans sa violence, il en est de même ici. Cependant, les voix restent extrêmes et viennent apporter un contraste qui sera diversement apprécié. On peut apprécier cette unique approche extrême dans le son même si son défaut évident est de finalement marquer le pas car trop caricatural et pas assez modulé pour briller. On peut aussi regretter que le groupe ne soit pas allé au bout de ses idées en adoptant un chant clair capable d'évoluer de diverses façons, s'adaptant aux diverses variations rythmiques ou mélodiques, avec évident le risque que de changer la formule totalement rebute clairement les fans à défaut d'en apporter de nouveaux.
On peut aussi demander pourquoi les ukrainiens, s'ils veulent opérer un virage artistique, conservent ce format d'écriture, ces longs morceaux qui ne semblent pas finir, avec ces longs passages instrumentaux ? Ils abordent un genre qui peut donner lieu à de nombreuses autres remises en question ou de nouvelles perspectives d'arrangements en terme de découpage, mais c'est comme si
Drudkh était figé dans une logique de composition. Comme s'il était plus facile pour lui de gommer la rugosité de sa musique plutôt que de se défaire de ces longues pièces bien faîtes, certes, mais tellement habituelles.
Handful Of Stars est une surprise sans l'être en quelque sorte.
Drudkh opère une mue musicale sans chercher à tout chambarder, chambouler pour autant. Il reste dans une veine d'écriture qui lui est propre, mais il se cherche, il tente de voir plus loin que le bout de son nez. En écoutant l'album, on sera à la fois étonné et étrangement ravi d'être en un certain sens, en terrain connu. Impression étrange et pour le moins paradoxale, mais ce ne sera pas la première fois que l'on serait confronté à cela dans le monde du metal extrême. Une bien belle offrande en tout cas, qui risque tout de même de déstabiliser certains fans.