The Magician's Birthday sort fin 1972, quelques mois après l'exceptionnel Demons And Wizards. de nos jours, ce serait tout bonnement impensable, mais dans les années 70, les groupes avaient cette faculté de rapidement se remettre à l'ouvrage, les tournées étaient moins longues et surtout, la durée des albums bien plus courte. Aussi, une telle promiscuité entre deux disques, à cette époque, n'avait rien de bien fâcheux. Surtout que
Uriah Heep conserve une ligne de conduite quasi similaire à celle pratiquée sur Demons And Wizards, à savoir un hard rock classieux, mêlé de ballades subtiles et de longs titres épiques et bien construits.
La pochette, signée Roger Dean, présente une fois de plus un monde fantasmagorique, qui donne une allure très prog, proche de ce que l'on retrouve chez des combos comme Yes par exemple. Cependant, on ne peut pas franchement qualifier la musique de
Uriah Heep de progressive. Elle est assez simple dans son ensemble, même si elle ne suit pas forcément un schéma classique. Le groupe a besoin de s'exprimer, de tenter des choses, mais ne compose que très peu de chansons à rallonge, aux entournures alambiquées.
Ce qui frappe sur The Magician's Birthday, ce sont les nuages qui semblent s'amonceler au-dessus de la tête de
Ken Hensley, principal compositeur de la formation britannique. Même si certains titres gardent un côté joyeux, on remarque rapidement que l'ambiance s'assombrit à mesure que l'on progresse dans l'album, comme si le pessimisme gagnait le groupe. C'est plus noir, pas forcément plus sérieux dans l'approche, mais ça ne prête pas à sourire. On reste vite obnubilé par la noirceur d'un
Echoes In The Dark, ou l'on constate que
Uriah Heep bat le chaud et le froid sur le titre éponyme, entre la présence presque physique de l'orgue et de la guitare, intimement mêlés et les "happy birthday" scandés, accompagnés par un kazoo presque incongru dans pareille situation.
Le groupe joue bien. C'est carré, il se montre aussi efficace sur les morceaux relevés que sur les ballades.
David Byron livre une fois de plus une prestation extraordinaire. La fluidité et la clarté de son chant sont impressionnantes. Il évolue dans un registre plutôt théâtrale où la prononciation a toute son importance. Ses cris vont haut et viennent se fondre le plus naturellement possible dans l'ensemble. Cependant, on peut reprocher à
Uriah Heep (ou plutôt, à Hesley) de n'avoir su reproduire un morceau emblématique comme put l'être
Easy Livin' ou
Look At Yourself en leur temps, ce qui aurait permis à cet album d'atteindre, voire de surpasser la qualité de son grand frère.
Même si
Uriah Heep est un nom quelque peu oublié aujourd'hui, il ne faut pas omettre le fait qu'il fut un des groupes parmi les plus influent au début des années 70. Sa façon d'amener les choeurs, de ne pas se focaliser sur une seule et même mélodie en a fait un modèle pour des combos comme
Queen par exemple. Et une flopée d'albums sont venus faire les beaux jours des hard rockers, une espèce de chevelus qui venait de voir le jour. The Magician's Birthday est proche, très proche du chef d'oeuvre et il demeure un album toujours très agréable à écouter de nos jours, alors pourquoi se priver ?