Pathfinder nous vient tout droit de Pologne et plutôt que de répondre à une certaine tradition qui veut que
Vader et
Behemoth soient les leaders naturels de la scène locale, les musiciens ont préféré sortir du moule en proposant quelque chose qui leur tenait vraiment à coeur, où ils pourraient faire parler librement leurs sources d'inspirations, à savoir les compositeurs classiques et les compositeurs de BO de films/jeux vidéos. Du coup, on se retrouve face à un groupe de heavy metal symphonique de très bonne facture, mais dont le style, l'imagerie et le décorum font grandement penser à
Rhapsody Of Fire.
Une comparaison qui peut être gênante. Mais rien que la pochette évoque les créateurs du "Hollywood metal", le fait que les membres de la formation peuvent également poser avec des épées lors des séances photo ne fait que rajouter à la polémique qui pourrait voir le jour. Ou pas. Sans pour autant taxer Pathfinder de plagiaire, il convient toutefois de mentionner le fait que d'un point de vue strictement musical, encore une fois, on est très proche, avec ces ambiances guerrières, ces passages folks, son aptitude à puiser dans la musique classique. Même
Simon Kostro, le chanteur, peut de temps en temps avoir un timbre proche, quoique moins profond, de celui de
Fabio Lione. Ensuite, les chemins diffèrent.
On se retrouve bien sûr propulsé dans un monde issu de la fantasy. Le style littéraire convient décidément bien au metal symphonique, aidé il est vrai par le succès du Seigneur des Anneaux au cinéma où la bande son, épique, sert depuis de terreau fertile à bon nombre de formations évoluant dans le genre. Les Polonais de Pathfinder proposent donc un album qui va dans cette voie, sans chercher la grandiloquence à tout prix. Ici, on va noter une différence notable avec
Rhapsody Of Fire : le clavier est bien moins envahissant, même s'il est très présent. Il s'insère de façon plus discrète, pourrait-on dire, dans la trame des morceaux, tout en apportant le liant pour que l'ensemble tienne bien en place.
Les titres, souvent longs (rares sont ceux qui descendent sous les cinq minutes, les intermèdes, introduction et outro mis à part), changent souvent de texture. Les guitares sont tour à tour agressives, ou plus modérées, déviant vers des passages plus folk dans l'esprit comme sur le puissant
The Lord Of The Wolves. Les parties instrumentales sont nombreuses, ponctuées par des vocalises de
Agata Lejba-Migdalska, une chanteuse d'opéra polonaise. Cette dernière donne également la réplique à Kostro par moment, comme sur la délicate ballade
Undiscovered Dreams qui parvient à tirer son épingle du jeu. D'autres invités de marque figurent sur cet album, comme
Roberto Tiranti (
Labyrinth),
Bob Katsionis (Firewind) ou encore
Matias Kupiainen (
Stratovarius), venus épauler la jeune formation, signe plutôt probant du potentiel de Pathfinder.
Et effectivement, ce potentiel, on le retrouve tout du long. C'est épique, oscillant toujours entre la puissance et le raffinement, ne cherchant pas à verser dans la rapidité excessive ou une grandiloquence trop prononcée. C'est bien pesé, bien ficelé. En revanche, on peut reprocher à Pathfinder de ne pas développer suffisamment les parties de batterie. Sur les passages les plus appuyés, elle sonne de façon trop répétitive, tout à la double pédale, sans se renouveler, devenant fatigante à la longue. Il n'y a pas franchement de recherche du break assassin qui changerait la donne, c'est limite cousu de fil blanc : quand ça s'énerve, on déguste un rythme que l'on a déjà entendu trop souvent. Autre petit défaut de ce Beyond The Space, Beyond The Time, sa durée quelque peu excessive pour un premier album : 71 minutes. C'est assez lourd à digérer, surtout à la première écoute. Quelques morceaux en moins aurait peut-être été judicieux, mais là, on peut sortir éreinté à la fin, une fois que
What If... égraine ses dernières notes...
Pathfinder a de l'ambition, mais il se montre certainement un peu trop gourmand sur ce premier opus qui ceci dit, tient parfaitement la route, logique du début à la fin, intéressant malgré une légère impression de déjà entendu. On peut se demander comment les Polonais évolueront dans le futur, mais s'ils parviennent à garder une ligne de conduite similaire, ils peuvent aller loin et qui sait, devenir calife à la place du calife ? Les déçus des derniers
Rhapsody Of Fire peuvent trouver en Pathfinder un parfait groupe de remplacement, ils seront très certainement comblés. Les autres aussi d'ailleurs. Un groupe à suivre, assurément.