Avec son troisième album, « Face the Colossus », les marseillais de
Dagoba ont récolté de nombreuses voix favorables dans toute l’Europe. Le CD marquait une évolution dans la musique des hexagonaux vers des sonorités fortement inspirées par le metal scandinave et symphonique. Très belle démarche, mais qui, malheureusement, divisera les fans de première heure. D’un côté, les amateurs de la nouvelle métamorphose artistique des Dagoboys et de l’autre, les plus anciens, plus portés vers le défouraillement métallique à la
Machine Head ou
Fear Factory.
Poseidon est, d’après le groupe « une sorte de best of de ce qu’est
Dagoba ». En d’autres termes, les Français ont fait un mix de ces deux époques pour l’écriture de ce nouvel album. Attendu de pied ferme par les critiques, ce quatrième méfait voit le retour de Dave Chang à la production, lui que l’on n’avait pas revu depuis l’éponyme. Tue Madsen n’a pas été convié à la fête et cela n’a rien d’un hasard. Même s’ils sont toujours en très bons termes avec le Danois, les gars de la Cannebière n’ont pas été pleinement satisfaits de la surproduction de Face the Colossus. Une erreur de parcours que le quatuor ne veut plus reproduire, lui qui souhaitait enfoncer le clou avec cette précédente sortie. Ce n’est pas la seule chose qui a changé du côté de la région PACA. La sortie de ce nouvel album a été assurée par XIII Bis Records (
Loudblast, Zuul FX), clôturant ainsi la collaboration du groupe avec Season of Mist. L’envie de repartir en quelque sorte à zéro est là, allez savoir si les quatre keums vont saisir leur chance avec Poseidon.
Une chose est claire et nette dès le début : la production est au niveau. Mais autre chose est évidente avec le lancement du premier « vrai » titre, «Dead Lion Reef » :
Dagoba refait du
Dagoba. Ou plutôt
Dagoba donne l’impression d’être revenu aux sources. Si Face The Colossus bavait de passages symphoniques douteux, Poseidon a la qualité d’être mieux dosé. On retrouve ces rythmiques pachydermiques affectionnés par Franky Costanza, dans un registre mécanique inspiré de Raymond Herrera (ex-Fear Factory, Arkaea). Ses coups de doubles pédales sont terribles, c’est probablement l’un des meilleurs batteurs français de sa génération. Et malgré ce talent, le petit gars fout le tournis et le bourdon à l’auditeur. C’est sans doute pour cela que les Dagoboys ont encore remis la formule de l’interlude au goût du jour. Enfin, pour éviter de lasser son auditoire, peut-être faudrait-il lever le pied ?
Mais ne soyons pas tout de suite trop négatif, il y a tout de même du bon, à l’image du chant de Shawter qui avait le don d’être insupportable par le passé, et qui, ici, tire son épingle du jeu. Le growleur alterne son chant éraillé, largement plus performant et plus accrocheur, avec son hurlement, beaucoup plus discret qu’auparavant. L’écoute de « Degree Zero » est surprenante, le vocaliste chante la quasi-totalité du morceau en chant « soft » tout en restant crédible. C’est certainement sur le morceau qui suit, « Black Smokers », que Shawter montre tout son talent, parfois donnant l’impression de relever le niveau derrière une musique anticipée. Izakar et Werther sont relayés au second plan, suivant les plans incessants de Franky. Une fois n’est pas coutume, le guitariste et le bassiste ne se sont visiblement pas foulés pour la compo. On dirait que tout repose sur les épaules du chanteur, qui propose également des ambiances intéressantes (« Shen Lung » ou encore « Waves of Doom »).
Soyons francs, ce dernier
Dagoba est bon. Oui, il l’est, tout simplement. Il manque encore ce petit truc qui fera de nos Français un groupe de premier plan. Pour le moment,
Dagoba n’est pas champion de France, il navigue entre la Ligue 1 et la Ligue 2 au fil des saisons. A partir du moment où
Dagoba aura compris comment doser (ou plutôt tranquilliser ?) sa batterie, peut-être arrivera-t-il à quelque chose de moins brouillon ? Il ne faut toutefois pas lancer la pierre à un Costanza hyperactif, surtout en voyant la pauvreté technique derrière la guitare et la basse. En attendant, le monstre se déchaîne un peu trop. On retrouve un
Dagoba (presque) d’origine, customisé par l’effrayante et rebutante expérience de Face the Colossus. Poseidon est un album bateau, pauvre en originalité dans la discographie des frenchy.
En tout cas, il n’aura pas fallu longtemps pour voir Poseidon se positionner à la 41e place des charts français. Tout comme
Trust et
Gojira,
Dagoba rentre dans le cercle très fermé du TOP 50 et ça, ça fait du bien au paysage audiovisuel français. Cela n’est pas toutefois pas un gage de qualité.