Un nouvel album de
Skid Row, en 2003, cela ressemble à de la science fiction, ça a le goût de la science fiction, ça a la couleur de la science fiction, mais c'est bel et bien une réalité. La formation renait de ses cendres un peu fumantes, ou plutôt sort de ses longues vacances pour proposer ce Thickskin, première réalisation depuis les départs (ou évictions) de
Sebastian Bach et de
Rob Affuso, remplacés respectivement par
Johnny Solinger au chant et
Phil Varone à la batterie.
Bien sûr, succéder à Bach n'est pas chose aisée tant l'homme, hyperactif, semblait porter tout le groupe sur ses épaules. Et là où
Rachel Bolan et
Snake ont fait preuve d'intelligence, c'est en choisissant un chanteur dont le registre vocal s'éloigne considérablement de celui de son prédécesseur. Ici, le chant est plus rugueux, bien moins aigu. On perd certes en envolées vocales dont Bach savait si bien nous délecter, mais on gagne quelque peu en rudesse, ce que les musiciens parviennent à tirer à leur avantage. Le son même de
Skid Row change quelque peu puisque le jeu de Varone est également très différent de celui de Affuso et mine de rien, cela pèse sur le style également.
Musicalement, le groupe retrouve un peu de ses racines punk pour un album qui finalement sonne de façon assez heavy sans pour autant être forcément agressif. Nous sommes loin de la virulence de Slave To The Grind, véritable mètre étalon dans la carrière de
Skid Row. Et tenir la comparaison avec son passé s'avère finalement assez difficile. Pris comme tel, Thickskin n'est pas un mauvais album, il est même plutôt plaisant avec ses refrains bien balancés et la volonté de la formation de sortir un disque carré, avec selon son habitude sa ballade et ses morceaux concis qui envoient la sauce bien comme il faut. Solinger n'est pas forcément impérial, mais il fournit un travail très honnête, où il arrive même à se montrer à son avantage à plusieurs reprises, surtout sur les plans les plus énervés.
Mais bon, on tourne tout de même un peu en rond, le long de douze titres qui finissent un peu par tous se ressembler de par leur texture heavy. Sans oublier une erreur de goût tout simplement fabuleuse, une nouvelle version speedée de
I Remember You qui figurait sur le premier album éponyme et qui ici prend des allures de compo rock sous crack. Cela fait peur, c'est limite décevant de voir que le morceau sert d'appât et que la prise est bien médiocre par rapport aux promesses. Une ombre bien noire sur ce disque qui ne décolle non plus jamais vraiment passé la première moitié.
Bref,
Skid Row est de retour et si ce n'est pas la reformation du siècle, ça a le mérite de faire un peu plaisir, même si Thickskin ne tient pas toutes ses promesses. La faute à deux premiers albums qui naviguent entre le grand cru et l'exceptionnel et un troisième qui avait encore des choses à dire même s'il sentait un peu le réchauffé. Là, c'est pas franchement du neuf, le disque aurait pu sortir à la fin des années 90 pour être encore dans le coup. Comme si
Skid Row voulait profiter du revival heavy metal qui sévissait alors aux USA pour tirer son épingle du jeu. Un album certainement intéressé, pas si inintéressant que ça et qui au final, tient assez bien la route.