Pour ceux qui attendent toujours une éventuelle reformation de
After Forever, il convient en général de se rabattre sur
Epica, le groupe de
Mark Janssen, qu'il a monté après l'album Decipher. Mais pour ceux qui désespèrent de trouver d'autres groupes dans ce genre peuvent tranquillement tester Heonia qui s'inscrit dans cette lignée.
Plutôt que de parler de copié collé, il est bon de remettre les choses à leur place : non, Heonia n'est pas un simple copié collé même s'il s'inspire d'une formule qui a fait ses preuves, avec ce chant féminin entrecoupé de quelques grunts bien sentis, mélodique, où le clavier tient une place importante, au même titre que les guitares. Ce serait réducteur et simpliste. Cela reviendrait à dire qu'Heonia n'a rien pour lui, vu qu'il reprend une recette toute faite.
Bien sûr, certains riffs ne sont pas sans évoquer ceux de
Sanders Gommans, tandis que d'autres se placent dans une mouvance bien plus metal prog, comme celui qui intervient après le break de
Broken Toys, qui conduit à une véritable montée en puissance. De plus, le groupe ne cherche pas à aller dans le lyrique, il écarte cette facette de sa musique. A ce titre, la voix de
Marieke génère diverses impressions. On peut être charmé par moment pour regretter un manque de puissance assez flagrant à d'autres, quand on aimerait qu'elle s'impose de façon plus magistrale, comme si elle faisait preuve de timidité là où l'on demande un peu d'arrogance, où l'on désire qu'elle tente crânement a chance au risque de se planter. Parfois, elle donne l'impression de jouer la carte de la sécurité, ce qui n'est pas un mal en soit, mais cela s'avère rapidement frustrant pour l'auditeur qui aimerai avoir tellement plus ! Mais la voix de la chanteuse est assez particulière, capable d'évoquer tour à tour
Floor Jansen (
After Forever),
Anneke Van Giersbergen (ex
The Gathering) ou encore
Alexandra Pittracher (ex Darkwell), ce qui permet de ne pas se laisser distraire, le chant demandant ainsi une certaine attention. En revanche, il ne faut pas voir là de vulgaires imitations, le style changeant selon le ton adopté sur certains passages.
La fibre progressive d'Heonia se retrouve également sur les morceaux longs du groupe, nombreux. Certes, des titres de plus de six minutes n'ont jamais fait le prog, chose que l'on assimile un peu trop souvent à
Iron Maiden par exemple. Mais ici, la formation joue beaucoup sur les cassures, les changements de rythme et de mélodie, amenés de façon naturelle et parfois de manière bien plus complexe. Les grunts viennent s'insérer dans l'ensemble sans choquer, sans âtre de trop, comme ça peut parfois être le cas. Ils ne sont pas nombreux, encore moins systématiques, ils ne rentrent pas dans le cadre d'une marque de fabrique. Ils sont là comme adjuvant, pour donner du relief quand le besoin s'en fait sentir, ils n'apparaissent pas comme une nécessité, une obligation pour coller à un genre en particulier.
Mais Heonia est encore un groupe jeune, il peine encore à se trouver un son qui lui soit propre. Il a des idées, il les exploite, il ne creuse peut-être pas assez et on se retrouve parfois dans une espèce de redondance harmonique qui peut nuire au plaisir de l'écoute. Rien de bien grave, on ne peut pas demander à une formation de trois ans d'avoir un style propre, de faire en sorte que les influences ne sautent pas à la gueule de l'auditeur qui dira de suite "mais oui, ça c'est ça !". Heonia fait son boulot, plutôt bien, même si l'on attend un peu plus d'âme à l'ensemble.
Pour un premier album, c'est pas la grande réussite, mais cela permet de poser des bases de travail solide pour un prochain. Il y a de la capacité, à Heonia de l'exploiter au mieux, de ne pas se figer dans un style, dans un son. Winsome Scar est un disque qui mérite que l'on s'attarde dessus, ne serait-ce que pour soutenir une scène française qui se montre de plus en plus riche et diversifiée et qui joue à armes égales avec la concurrence étrangère. Heonia n'est pas décevant, au contraire. Il a le profil d'un espoir sur lequel il convient de miser. Une affaire à suivre.