Iron Maiden est un monstre. Un groupe avec
Rammstein et
Metallica, capable de remplir les stades même si la qualité sur album laisse à désirer, qui peut s'appuyer sur un début de carrière en fanfare pour régaler ses fans de classiques tout du long, un peu comme un
Kiss en plus intègre, même si chaque nouvel opus de la Vierge de Fer peut être aperçu comme un motif pour organiser une nouvelle tournée, la scène étant ce que les musiciens préfèrent. Aussi, le groupe revient avec The Final Frontier, que
Steve Harris annonce comme étant le dernier, précédé quelques temps auparavant par le single El Dorado, qui a fait grincer quelques dents.
Ensuite, comment prendre un nouvel opus de
Iron Maiden ? Autant A Matter Of Life And Death était de loin le plus réussi depuis la retour au bercail de
Bruce Dickinson et de
Adrian Smith ce qui, vu la ligne directrice choisie, tenait du miracle, autant The Final Frontier est un abîme d'incompréhension. En parallèle, mais un album, pour les fans, étant un tout, on peut noter qu'une fois de plus, le budget alloué à la pochette fut ridiculement bas. Et quand on se souvient des fresques de Derek Riggs sur Somewhere In Times ou Seveth Son Of A Seventh Son, il y a de quoi l'avoir un brin mauvaise. On reste dans un trait très comics (comme pour la jaquette précédente en fait), mais cette fois-ci, ben... c'est moche. Le mélange entre Alien, Predator et Eddie ne passe pas. On ne reconnait absolument pas la mascotte du groupe et elle qui fut de tout temps un élément important pour
Iron Maiden, semble être écartée au profit d'une espèce d'alien dont le cerveau forme une crête purulente. Et mine de rien, ça fait un pincement au coeur.
Et quel est le point commun entre l'espace et cet album ? Le vide interstellaire, ponctué par quelques météorites de passage. Pas un trou noir non plus, mais quelque chose qui semble infini (76 minutes pour dix titres, c'est assez rude) et qui reste désespérément figé dans des valeurs qui sont celles de Maiden depuis quelques années, figées, comme si les musiciens se comportaient en bons petits conservateurs anglais. C'est violent, méchant, pernicieux, dit comme ça, mais le groupe joue sur des acquis, sans donner l'impression de se sortir le doigt du fion pour proposer une réelle évolution.
Une évolution ? Voilà un mot étrange quand on parle de formations comme
AC/DC ou
Iron Maiden. Bien sûr, les sonorités ont changé avec le temps, la vitesse s'est réduite, le chant s'est modifié, mais dans le fond, il s'agit de deux groupes que l'on reconnait toujours les yeux fermés. Ils ont un style. Fédérateur, le haut du panier, dans les années 70 pour les premiers, les années 80 pour les seconds. Pourtant, Maiden a voulu nous le faire croire, le temps d'un morceau, celui qui sert d'ouverture :
Satellite 15... The Final Frontier qui possède une introduction comme on en a jamais entendue pour la Vierge de Fer. Etonante, entre tribal et malsaine, avec une ligne de guitare qui n'est pas habituelle et qui vire sur quelque chose de plus martial sans pour prendre les couleurs que l'on connait. Elle s'étend, le chant arrive, toujours dans l'ambiance, cela se prolonge, le beat de batterie change, se fait presque electro et... et bordel, on arrive sur du Maiden tout ce qu'il y a de plus classique, un truc à se taper la tête contre les murs. On passe de quelque chose de subjuguant car complètement inédit pour rentrer dans le train train routinier, on se sent comme après avoir testé une Porsche sur le circuit du Mans et repartir au volant de sa Saxo. De la cavalcade, un solo pas si mal foutu que ça et un refrain final exaspérant et voilà...
On passe ensuite à
El Dorado qui sent la supercherie, avec sa ligne de basse pompée sur le jeu de l'éternel
Phil Lynott. Le rendu se veut donc plus heavy qu'à l'accoutumé, il est parfaitement logique que le morceau ait été choisi comme premier single, mais l'intérêt réside où ? Rappeler à la face du monde que sans
UFO et
Thin Lizzy ,
Iron Maiden ne serait en définitive pas grand chose ? Ou comment rendre à César ce qui appartient à César ? Bref, si
Iron Maiden rentre dans le jeu de
Gamma Ray, on n'est pas sorti de l'auberge. Même la façon de chanter de Dickinson est un brin gênante sur les couplets. Le phrasé est assez typique de celui de Phil Lynott et on se rend compte du fossé qui sépare les deux hommes...
Ensuite, on rentre dans la partie la plus classique de l'album, et huit morceaux, ça fait beaucoup de pistes classiques... Le basse fait ses cavalcades habituelles, les guitares répètent leurs riffs inlassablement, la batterie de
Nikko McBrain est toujours bien en place et technique ce qu'il faut pour aider les compositions à se complexifier sans heurts. Les refrains eux-mêmes semblent prendre un peu plus de corps. Plutôt que de répéter inlassablement la même phrase (souvenez-vous de
No More Lies sur Dance Of Death), le groupe préfère leur donner du jus en revenant à des fondamentaux plus perspicaces. Ce n'est pas le cas partout, parfois Bruce a du mal à les mettre en valeur.
En effet, Dickinson a perdu beaucoup de sa superbe. Avec l'âge sa voix s'est détériorée de façon inéluctable, surtout qu'il se l'était déjà flinguée à l'époque de Piece Of Mind. Les envolées dans les aigus dont il était capable sont terminées depuis longtemps et là où
Andi Deris se bonifie avec le temps, le chanteur charismatique de
Iron Maiden marque le pas sur les parties les plus virulentes pour briller quand la musique se fait plus légère, comme sur l'intro de
Isle Of Avalon, au point où l'on en vient à regretter que
Iron Maiden ne cherche pas plus à exploiter cette façon d'utiliser sa voix, qui devient pour le coup remarquable, comme à la grande époque, sans évoluer dans le même registre.
En voulant être pointilleux, on pourrait rapprocher ce disque à Somewhere In Time tant le clavier est important. Il y en a presque partout, pas toujours de façon très judicieuse (quelques interventions sur
Isle Of Avalon sonnent hors du temps). Mais n'allez pas croire que
Iron Maiden fait du metal progressif. On en est loin et un clavier n'a jamais suffit à rendre un ensemble prog. C'est du heavy metal, un bon vieux heavy des familles (enfin non, pas si bon) qui fait des clins d'oeil aux années 70 (le début du solo de
Starblind, coincé à cette époque). Un brin nostalgique, voire passéiste, mais sans aller dans le passé propre au groupe, plutôt dans leurs influences, comme pour remercier ceux qui ont fait Maiden avant de tirer leur révérence...
The Final Frontier n'est pas un grand disque de
Iron Maiden. C'est une excuse. Une raison pour partir en tournée et s'éclater sur les planches. L'album ne donne pas franchement l'impression qu'il y ait d'autre envie derrière. Un de plus dans la discographie et puis voilà. Mais ne soyons pas chien. Si
Iron Maiden est décevant ici, il a derrière lui une carrière fabuleuse, qui fait de lui l'un des maîtres étalons du metal. Mais sur The Final Frontier, cela ne suffit pas, il manque la classe nécessaire à sa caste de groupe de légende. Décevant et presque inutile, en quelque sorte...