Il aura fallut trois ans à Das Ich pour donner un successeur au brillant Der Propheten au format album, le maxi Stigma ne comptant pas vraiment dans l'équation. Et en trois ans, les choses ont eu le temps de changer. Sur la scène batcave/electro/goth cela bougeait, un groupe comme
Lacrimosa allait entrer dans le monde du metal après les premières envies marquées sur Satura et Das Ich allait également évoluer, aller dans une direction différente, plus largement marqué par l'electro-indus mais en conservant toujours cette aura noire.
Le son change, évidemment. On perd une partie du romantisme sombre et torturé du premier album pour rentrer dans une configuration plus synthétique, où les orchestrations n'ont plus la même place. Elles se mêlent à la froideur générale et ne ressortent plus de la même manière, mais ont-elles réellement toute leur place ici, dans des thématiques plus sociales, plus réalistes ? Les thèmes changent également, Das Ich se met en phase avec son époque. En Allemagne, le mur est tombé depuis cinq ans et chacun peut constater l'avancée ou au contraire, le recul des progrès, de la qualité de vie. Aussi Staub est un disque amer, colérique, glacial même, complètement déshumanisé.
Entrer dans cet opus est plus aisé que pénétrer l'univers tortueux de Der Propheten. A ce niveau, on peut même dire que Staub se montre très accessible. Tout n'est que rythmique, samples et sonorités industrielles parfois un peu répétitives. La variété de l'album précédent n'est pas franchement présente, ici nous sommes dans un univers clôt, souvent angoissant car refermé sur lui-même. Le chant en allemand accentue cet effet. Il est raide, très saccadé et rajoute à ce sentiment claustrophobique qui ne manque pas de prendre l'auditeur à la gorge. Les refrains peuvent arriver de façon plus pressante, où la voix se transforme presque en cris pour agresser littéralement.
Cependant, on peut être un petit peu déçu de la tournure que prennent les évènements. Certes, Das Ich apparait plus sombre que jamais, lourd et angoissant dans sa démarche jusqu'au boutiste, mais il ne propose que très peu de variété et son discours perd ainsi en profondeur. Souffrant en plus de l'image quasi parfaite de son grand frère, Staub a du mal à tenir la comparaison même si dans le fond, l'album est franchement très bon. Le duo montre les dents et se réinvente sans pour autant se renier complètement. L'aspect gothique est toujours présent, mais plus disséminé dans l'ensemble, pour ressurgir ça et là avec un brio certain.
En définitive, il ne manque pas grand chose à ce Staub pour se hisser au même rang que son grand frère. Das Ich souffre du fait d'avoir sorti un chef d'oeuvre d'entrée de jeu et il en paye le prix, en limitant toutefois très largement la casse. En effet, Staub est un album qui prend aux tripes, presque à en rendre malade. Terriblement introspectif par moment, il remue au plus profond de l'être pour en faire ressortir les peurs les plus actuelles. Certainement pas un disque à mettre entre toutes les mains, mais une oeuvre sombre qui se dévoile toujours un peu plus au fil des écoutes.