Finalement, les débuts de
Paradise Lost étaient timides. Lost Paradise n'avait rien de l'album conquérant capable d'établir une légende. En fait, c'est tout juste si l'on pouvait imaginer l'impact qu'allait avoir le groupe dans le futur. Mais bien vite,
Paradise Lost allait prouver qu'il méritait sa place dans ce renouveau du metal anglais et qu'avec
Anathema et
My Dying Bride, ils allaient former une hydre à trois têtes dont la morsure allait frapper le monde du metal, établissant durablement tout un pan du metal extrême actuel, à leur manière, sans même réellement savoir ce qu'ils faisaient. L'innocence de la jeunesse, des envies diverses nées de vieilles cassettes où chaque titre commençait immanquablement par un hurlement, ont fait de ces trois groupes une entité presque unique tant le début de carrière semble être une même et unique ligne.
Le groupe revient en 1991 avec ce Gothic. Et tout le monde de scander que
Paradise Lost vient de créer le metal gothique. Merci pour eux, ils ne s'attendaient pas à cela, mais c'est flatteur et grattez un peu plus à droite, merci. Si l'incursion d'un chant féminin sur quelques titres et certaines ambiances sombres suffisent à définir le gothique, alors ce disque en est, assurément. Mais si l'on se penche stricto sensu à la musique, ça coince dans tous les sens.
Paradise Lost n'a pas franchement changé son fusil d'épaule, il a juste évolué, il s'est drapé de nouvelles sonorités, plus affirmées que sur le premier opus et le rendu sonne toujours aussi death, les riffs et lourdeurs proche de
Black Sabbath renvoient toujours à l'univers doom déjà marqué.
Nick Holmes, déjà reconnaissable, navigue dans le guttural sans chercher à avoir un seul moment un chant clair. Le gothique n'est pas là. Le gothique peut même se sentir à l'étroit face à un tel disque qui ne cherche pas à creuser dans le moi, dans l'intimité de l'âme, qui se veut plus direct et foncièrement malsain dans la structure des morceaux. Cela est du à une production qui rend parfois la guitare aigrelette et pas franchement agréable.
Bien que court, l'album remet les pendules à l'heure. Après un départ un peu décevant,
Paradise Lost s'affirme dans son style, sans chercher à se révolutionner. Cela viendra un peu plus tard. Là, il semble découvrir ses capacités et commence à se défaire de ses complexes. Il ne cherche pas la rapidité, il ne cherche pas la virtuosité à tout pris. Les soli de
Greg Mackintosh sont plutôt pauvres, mais l'homme n'a jamais aimé cet exercice et n'y applique que parce que cela fait parti de la logique d'un morceau. Et encore une fois, ce terme de gothique vient chatouiller les oreilles. Gothique. Gothic. L'explication la plus logique serait à chercher du côté de l'extra-musical. Comme le nom du groupe qui fait référence au poème de Milton, Gothic rappelle toute la littérature anglaise du XIXème siècle, où les énigmes étaient au coeur de familles vivant dans des manoirs sinistres, où ça se bousculait à la sortie des caveaux. Et là, effectivement, on retrouve cette ambiance à la fois lourde, quelque peu feutrée par moment, comme sur le court
Desolate, troublant de noirceur et presque maladif.
Gothic est un disque plus varié que Lost Paradise, plus vivant aussi. Ce dernier se traînait tandis que celui-ci essaye d'être plus conquérant. Il n'est pas exempt de défauts, loin de là, la jeunesse des musiciens étant son plus grand ennemi face à l'ambition d'écriture affichée. Il manque toujours ce petit quelque chose qui manquera d'ailleurs également à Shades Of God, à savoir cette capacité à se centrer sur les morceaux plutôt que d'essayer de les gonfler en alourdissant l'écriture inutilement. Il manque de simplicité, de titre franchement directs et quand ils y arrivent, ils touchent de près l'excellence comme en témoigne
Eternal qui prend subtilement aux tripes.
Paradise Lost commence à trouver sa voix, même si ce n'est pas encore tout à fait ça. Pour l'instant, il ressemble toujours à une espèce de vilain petit canard qui agace à force de brouiller la donne du death metal anglais en y incorporant cette lenteur typiquement doom. Plus que le metal gothique, c'est certainement le monde du funeral doom qui doit le plus à
Paradise Lost et ses deux acolytes de label. Les bases sont là. Ne vous trompez pas de cible. Gothic est un album très sympa dans le fond, un peu moins dans la forme, mais malgré tout historique pour plus d'un titre.