5/10. Ce que la note peut sembler sévère ! Un double live de
Judas Priest, datant de 1986, ça devrait bien valoir un peu plus, non ? Ben non, pas franchement. Et ce n'est pas l'album qui sert de support à cette tournée, Turbo, qui est à incriminer, ni même cette set-list centrée sur les années 80 pour ne pas entrer en concurrence avec le
Unleashed In The East de 1979. C'est le son. Trop propre, trop lisse, trop nickel pour être honnête. C'est simple, si l'on ne fait pas attention, on pourrait croire que les dates enregistrées se sont déroulées comme dans un rêve, sans un couac, sans un larsen malencontreux, sans un problème de micro, sans un pain, sans un chanteur qui part en vrille. Autant dire un truc qui n'existe pas, profondément extra-terrestre et limite, foutage de gueule, style "tenez mes fans, ceci sont mes overdubs, achetez pour moi".
Faisons un petit retour en arrière. Enfin, mine de rien, un gros bond. Retournons en 1986.
Judas Priest sort l'album Turbo avec un look plus glam, une musique plus légère, des guitares synthés et tout le toutim. La presse réserve un accueil assez froid au disque, prétextant un sérieux coup de mou et de nombreux fans seront d'accord avec cet état de faits. Les musiciens défendent alors bec et ongles leur bébé sur scène, en lui insufflant plus de mordant, plus d'agressivité, ce qui fait qu'il passe mieux en live aux oreilles de beaucoup. Le groupe, alors en perte de vitesse d'un point de vue popularité vu qu'au même moment
Iron Maiden leur passe aisément devant avec Somewhere In Time et que
Metallica leur dresse un majeur avec Master Of Puppets (on appelle ça la révolte de la jeune garde), tente le tout pour le tout en sortant un double enregistrement en public, à la pochette sobre et à la set-list calibrée.
Les morceaux sont puisés de British Steel à Turbo donc, avec une nette affluence de titres provenant de ce dernier et de Defenders Of The Faith (1984), ce qui permet de se délecter de
The Sentinel ou de
Freewheel Burning tandis que l'on notera l'absence de quelques brûlots comme
Rapid Fire ou
Desert Plains. Les classiques des années 70 sont également écartés, à l'image de l'éternel absent qu'est
Beyond The Realms Of Death, ce qui peut s'apparenter de près comme de loin à une pure hérésie. On peut considérer la set-list comme facile, quoique incomplète. Le public répond fortement présent, peut-être un peu trop pour, encore une fois, être entièrement honnête.
Il se dégage des albums live de
judas Priest un air de supercherie.
Unleashed In The East n'a pas été surnommé
Unleashed In The Studio pour rien, le son est toujours trop lisse, trop parfait. Le chant ne part jamais en vrille alors que les montées dans les aigus sont plus que fréquentes. Difficile de croire que ce Priest... Live ! ne soit pas recouvert d'overdubs, qu'il n'y ait pas d'arrangements studio. On ne comprendra pas forcément pourquoi les musiciens ne veulent pas montrer un témoignage fidèle de ce qu'est le Priest en live, surtout si l'on prend en référence le Live After Death de la Vierge de Fer qui est imparfait dans le son, dans le chant et qui pourtant est rapidement un classique du genre, l'un des grands enregistrement en public de l'histoire du metal. Ici, c'est comme si on vivait une retranscription studio d'un concert, ce qui est tout bonnement affolant, quand on connait la carrière de
Judas Priest, quand on sait qu'ils sont là depuis plus de deux décennies. Le procédé est bas. C'est de la supercherie, purement et simplement.
Alors pourquoi un 5/10 ? Parce qu'il est tout à fait possible de prendre son pied sur les versions plus énergiques des chansons, comme ce qui se vivait sur
Unleashed In The East. On redécouvre un ou plusieurs titres et on finit par le ou les apprécier d'une façon différente. Priest... Live ! joue le rôle de réhabilitation pour certains morceaux issus de Turbo ou de Point Of Entry, une espèce de compilation live de ce qu'ils ont fait de mieux ou de moins pire durant les années 80. Mais sinon, ne cherchez pas, ça mériterait un zéro pointé pour récidive douteuse.
A part pour les fans qui vont mettre un contrat sur ma tête d'ici pas longtemps, ce Priest... Live ! est tout sauf indispensable. Plutôt rester aux versions studio ou alors, comble de l'hérésie, si l'on cherche quelque chose de plus humain, plus sale et moins formaté, se pencher sur '98 Live Meltdown sur lequel un certain
Tim Owens assure le chant. Et ça, ça la fout clairement mal comme conclusion...