Quand
Anneke Van Giersbergen a annoncé qu'elle quittait
The Gathering, cela a eu l'effet d'une bombe tant le groupe semblait reposer sur ses épaules. Mais la belle avait besoin d'indépendance pour faire ce qu'elle désirait, jouer la musique qu'elle voulait faire et elle a senti que la formation Batave ne pouvait plus rien lui apporter de plus, qu'une boucle était bouclée. Pour les fans, ce fut un déchirement, bien entendu, tant la voix enjôleuse et douce de Anneke était devenue indissociable de
The Gathering, un plaisir que l'on savoure égoïstement seul dans sa chambre, le casque rivé aux oreilles.
Quand la jeune femme annonce la naissance de Agua De Annique en 2007, en compagnie de son
Rob Snijders de mari (batterie), le sourire revient sur le visage des fans éplorés. Anneke reprenait très rapidement du service et un album se retrouva dans les bacs dès le 30 octobre de la même année, Air, à la pochette plutôt particulière à moins de fantasmer sur les hôtesses de l'air.
Cependant, quand on met le disque dans le lecteur, on se rend vite compte de la raison du nom de l'album, même si cela ne doit pas être volontaire pour un sous. Parce qu'à l'écoute de cet opus, on se rend compte qu'il y a bel et bien un "Air" de
The Gathering qui flotte tout du long, et pas seulement à cause de la voix. On se retrouve confronté à une espèce de rock soft confinant au trip hop, qui nous conduit immédiatement en terrain connu. Que ce soit
Beautiful One ou
Lost And Found, on se trouve dans ce schéma mélancolique et planant déjà entendu mainte fois avec délice avec
The Gathering et l'effet de surprise tombe vite à plat et laisse place à une question simple mais pertinente : pourquoi avoir quitté son ancien groupe si c'est pour faire peu ou prou ce qu'il faisait ?
Certes, c'est un peu moins bon, on ne retrouve pas la profondeur que les frères Rutten impriment à
The Gathering, preuve supplémentaire qu'ils ne se sont jamais reposés sur la voix de Anneke même s'il a toujours été facile d'extrapoler à ce sujet. On peut dire que la belle fait du
The Gathering du pauvre, même si la réflexion est un peu osée et méchante. C'est bien fait, il y a de belles mélodies, un chant que l'on reconnait entre mille et qui est toujours aussi touchant, quelques passages plus énervés (et encore, comment ne pas comparer l'excellent
Witnesses à
Shout To PIeces paru sur If_Then_Else ?) qui font du bien car ils apportent un relief inattendu et jouissif. Mais on n'est pas surpris pour un sou face aux refrains qui apportent une montée en puissance délicieuse, on n'est pas surpris par la sonorité générale de l'album et surtout, on ressort de cette écoute un peu déçu car on ne comprend pas. On ne comprend vraiment pas pourquoi Air ressemble à ça.
Si l'on fait abstraction de tout cela, on se retrouve face à un bon petit disque, mais ce n'est pas le Pérou non plus. L'ensemble manque un peu d'âme, de profondeur, la fin de l'album a tendance à endormir quelque peu l'auditeur également et malgré tout, on ne peut pas dire que c'est mauvais parce que toutes les chansons ont un petit quelque chose d'accrocheur, qui donne à sourire ou au contraire, à entrer dans une espèce de rêverie. Après tant d'années de carrière, ce premier album n'est pas la panacée et il est certain que la belle Anneke allait être attendue au tournant.