Tel un abominable fléau s’abattant cycliquement sur l’humanité, le grand
Setherial resurgit une nouvelle fois du néant pour infliger mille et un tourments à ses semblables, poursuivant ainsi sa croisade destructrice avec une détermination inébranlable.
Ayant fait s’agenouiller bon nombre d’adeptes en 1996 avec le glacial et atmosphérique
Nord, la horde menée par Kraath et Mysteriis a rapidement radicalisé son propos dès son second méfait (le cataclysmique
Lords Of The Nightrealm), perdant par la même son côté mystique en chemin, ce qui lui valut une certaine défaveur du milieu, le groupe ayant été par la suite, quoi qu’on en dise, considéré comme une sorte d’ersatz de
Marduk et
Dark Funeral.
Quatre ans après un
Death Triumphant qui, de par son aspect plus nuancé, renouait timidement avec l’antique mysticisme de
Nord, c’est avec des âmes de conquérants que ces vétérans reviennent assaillir leur monde avec ce très inspiré et surprenant
Ekpyrosis, celui-ci marquant pour la première fois une évolution significative et une rupture avec une certaine linéarité, qui malgré des disques de qualité, s’était tout de même installée depuis l’ultime
Hell Eternal.
En premier lieu, le groupe a décidé cette fois-ci de prendre le commandement total de son œuvre, commençant par produire et mixer ce nouvel opus lui-même. Un engagement des plus opportuns pour un résultat parfaitement à la hauteur puisque le son est absolument impeccable et très puissant, tout en conservant un côté cru et abrasif, chose qui faisait souvent défaut sur ses disques précédents. Mais le plus impressionnant demeure l’art tentaculaire pratiqué ici,
Setherial ayant accompli avec
Ekpyrosis un pas décisif dans un cheminement chaotique qui commençait à s’essouffler inexorablement jusqu’alors.
Faisant preuve d’une sophistication accrue, ce nouveau chapitre infernal requiert une attention toute particulière, et une multiplication des écoutes est grandement conseillée pour en saisir toute l’essence, et accéder ainsi aux nombreuses clés nécessaires à une totale immersion dans ce monde ténébreux et mortifère, où fourmillent d’innombrables richesses harmoniques et d’insoupçonnables ambiances, révélatrices de l’incontestable émancipation spirituelle de ces esprits torturés.
A l’image de sa superbe cover, l’expression générale qui émane de
Ekpyrosis est celle d’un sombre sentiment religieux et fanatique, d’où culmine par-delà un maelström de violence et de noirceur, l’éloquence d'atmosphères quasi-ritualistes brillamment amenées par une extrême précision dans l’élaboration de climats suprêmement incantatoires. Les riffs morbides et les impitoyables assauts rythmiques prennent soudain une dimension inédite aux vues d’une complexité jamais démonstrative, mais au contraire, servant admirablement une ambiance générale hautement tourmentée, voire possédée.
La pertinence de cette expression s’enflamme dès le brillant
A World In Hell, véritable coulée de lave réduisant en cendre tout sentiment humaniste, avec ses séquences à tiroirs, ses nombreuses cassures rythmiques, et ses vicieuses mélodies sur fond d’arpèges lointains et angoissants. Le reste de l’album est à l’avenant, et la diversification proposée ici n’est pas un leurre, car la richesse émotionnelle est réellement mise au premier plan, que ce soit par le sentiment de domination ressenti à l’écoute du gargantuesque épilogue
Enemy Of Creation (morceau dont l'impitoyable violence est paradoxalement mise en exergue par son approche épique presque atmosphérique, et ses discrètes nappes de claviers); par la descente aux abysses guidée par le vertigineux
Thoughts Of Life They Wither; ou encore par l’oppressant
Subsequent Emissions From A Frozen Galaxy (titre qui rappelle fortement l’atmosphère martiale et suffocante du sinistre
Millenium Nocturne des norvégiens de
Hades Almighty.
Ayant manifestement conjuré de toutes leurs forces les puissances obscures qui animent leurs âmes damnées, les membres de
Setherial peuvent pleinement se gargariser de leur puissance souveraine, car ils ont parachevé ici une ode spirituelle des plus sinistrement jouissives. Un édifice blasphématoire d’une grande stature et définitivement une œuvre charnière qui assoie définitivement leur suprématie,
Setherial devenant de ce fait l'un des plus brillants porte-voix des ténèbres en cette décadente année 2010 !