Wild Cat avait montré un groupe qui en voulait, mais qui n'y arrivait pas toujours. Tout était loin d'être parfait et ce disque était finalement honnête, très représentatif de ce qu'était alors la NWOBHM : un lot de formations qui allait révolutionner le genre mais avec peu de prétendants à une longue et riche carrière. Les musiciens décident alors de se donner des chances de viser plus haut, surtout qu'ils ont l'avantage d'être signé sur une major (MCA) et que du coup, ils jouissent d'une diffusion plus importante. Ils commencent par recruté
John Sykes à la seconde guitare et ils en profitent pour virer
Jess Cox pour le remplacer par
John Deverill, gagnant indéniablement au change.
Spellbound sort assez rapidement après cela, en 1981 et on se retrouve face à un tigre qui n'a rien de la peluche Hobbes. Les babines sont retroussées sur des dents meurtrières. Il suffit de se pencher sur le premier morceau,
Gangland (qui sera repris plus tard par
Kreator) pour s'en rendre compte. Rapide, incisif et agressif, avec un chant hargneux, ce titre est une introduction parfaite, rêvée même. Sykes plaque déjà un court solo remarquable dans sa finition. Le groupe vient de faire un pas en avant effarant, tout en maîtrise et en virulence. L'apport des nouveaux est déterminant à ce niveau.
Composé de titres compacts, courts et racés, Spellbound est un disque remarquable, avec une vrai recherche mélodique, aussi bien au niveau des riffs que dans les soli. Tygers Of Pan Tang n'hésite pas d'ailleurs à se risquer dans les ballades, plutôt réussies à l'image de
Mirror ou de
The Story So Far, plus énervée, dans la lignée de ce que pouvait faire
Thin Lizzy à l'époque. Il n'est donc pas étonnant que Lynott ira débaucher le jeune Sykes quelques temps plus tard. De nombreuses pépites émaillent ce disque qui s'apprécie de plus en plus au fil des écoutes. La première met l'eau à la bouche, et dès la seconde, on se laisse entraîner par ce heavy metal concis, fleurant bon les faubourgs mal famés de l'Angleterre, un peu sale sur les bords et tout simplement jouissif. Ainsi,
Hellbound,
Blackjack ou encore
Don't Stop By figurent parmi les incontournables de l'album, chacun pour des raisons différentes, soit pour le côté vicelard des refrains, soit pour une virulence juvé
nile qui donne le sourire, une approche mélodique plus recherchée qui se fond très bien dans l'ensemble. C'est simple, mais c'est juste efficace, et il n'y a pas besoin de demander plus.
Outre le fait que tout cela sonne quand même daté (1981 tout de même, prod de Chris Tsangarides ou non), on peut reprocher également un certain manque de renouvellement des riffs qui semblent un peu tourner en rond, obligent Deverill à faire des prouesses derrière le micro pour donner une identité propre à chaque titre, n'y parvenant pas toujours. Un défaut somme toute mineure vu la durée de l'album (34 minutes dans sa version originale, 51 pour la version parue en 2006, remasterisée), mais qui peut tout de même agacer les plus exigeants d'entre vous.
Spellbound aurait du être le tremplin qui aurait conduit Tygers Of Pan Tang au succès, il n'en sera rien. Placé à la 33ème place des charts, ce qui est honorable, il ne sera pas suivi par des albums suffisamment accrocheurs pour servir de déclencheur. Le groupe stagnera un temps avant de s'enfoncer assez rapidement dans un tourbier d'où il ne sortira plus la tête. Et à l'écoute de cet opus, on ne peut que constater que les musiciens n'auront pas su tirer leur épingle du jeu parce qu'il y avait de quoi avoir une solide base de travail. Et si Spellbound n'était, en définitive, qu'un coup de chance ?