Celtic Frost nait des cendres de
Hellhammer fin 1983/début 1984. Il faut dire, le terreau tiré du caveau est toujours fertile et il n'a pas été difficile à
Thomas Gabriel Warrior d'affiner les compositions, leur donnant un petit plus pour se démarquer un peu du trio de Newcastle. Pourtant, quand on regarde la pochette, on se retrouve avec une illustration satanique primaire ; le verso montre des musiciens vêtus de cuir (
Judas Priest avait imposé ce style vestimentaire à la fin des '70) et maquillés. Pour l'histoire, il convient de noter que
Martin Eric Ain (basse) se prenait pour une espèce de dandy du XVIIIème siècle et qu'il se poudrait le visage avant de déambuler dans Zürich. Tom G. Warrior a repris l'idée en l'adaptant aux origines teutones des peintures corporelles, produisant un effet macabre ; elles étaient destinées à représenter le guerrier une fois mort, ce qui devait effrayer les adversaires. Rien à voir donc avec le maquillage à la Kiss ou Alice Cooper. Les origines du corpse paint dans le metal ?
Cette version de Morbid Tales parue en 1999 sera la seule que vous pourrez trouver facilement. Pour vous procurer les versions originales, il ne faut pas avoir peur de chiner ; compilation de deux EP (Morbid Tales en 1984) et
Emperor's Return en 1985), le disque se montre très respectueux de la volonté du groupe en remasterisant sans gommer les idées et l'interprétation d'origine : l'ensemble sonne froid, glauque. Il suffit de s'attarder sur l'introduction, Human, composé de cris de Tom G. Warrior et de Martin Ain. Ici, justement, on ne parle pas d'humanité, ou alors dans ce qu'elle a de plus désespérante et d'effroyable. Après cet acte misanthropique, on rentre dans le vif du sujet avec Into The Crypts Of Rays. Musicalement, on s'éloigne du speed à la
Venom pour se diriger vers un thrash sombre et mid tempo. Warrior ne chante pas, il vomit lourdement ses textes, les déclament d'une voix d'outre-tombe, des textes qui ne sont pas tournés vers un satanisme bancale à la
Slayer première période ou à la Venom pour en revenir aux influences premières, mais ils sont occultes, froids. Ils auraient pu être écrits par Lovecraft ou Poe pour le côté horrifique teinté d'inéluctabilité qui s'en dégage.
Celtic Frost se complet dans cette ambiance lugubre, semant des graines qui prendront effet des années plus tard. Parfois, le groupe se fend d'accélérations bienvenues (Nocturnal Fear) ou se confond dans des parties hallucinatoires comme l'intermède effroyable qu'est Danse Macabre, un instrumental glauque ponctué de hurlements et d'effets sonores éprouvants. Il donne également des indices quant à son éventuelle évolution future ; Return To The Eve annonce le chant féminin dans les compositions de Celtic Frost. Un chant qui n'est pas lyrique, ni même soyeux pour donner la réplique au chant âpre de Warrior, non, il se contente d'être déclamé froidement, sans rechercher la beauté ; ce serait trop simple ! On notera également une première version du Circle Of Tyrants, malsaine à souhait, où l'on a l'impression d'entendre le
Darkthrone le plus lent. La même impression nait de l'écoute de Visual Agression, au point où l'on peut ouvertement penser que Celtic Frost a eu son importance pour les Norvégiens.
Sur Morbid Tales/Emperor's Return, tout a été fait pour mettre l'auditeur mal à l'aise, de la voix de Warrior aux parties de guitare solo, forcément torturées, en passant pas un climat infernal, une tension nébuleuse née de l'effroi. A l'époque, un album effrayant. Maintenant, il est clair que plus extrême et plus horrifique a été fait. Mais Celtic Frost se trouve un style, une voie qu'il suivra que pour mieux s'en écarter, avec la grandiloquence qui sera sa marque de fabrique. Dans l'ensemble, ce Morbid Tales met l'eau à la bouche sans être exceptionnel, certaines influences étant mal digérées. Mais attention,
To Mega Therion va complètement changer la donne...