Si vous avez raté la sortie de la démo d'Odüm, c'est que vous lisez mal Metalship, l'information ayant été largement relayée. Sinon, il est fort possible que vous ayez déjà posé une oreille attentive, voire deux en cas d'absence d'acouphènes et vous vous serez déjà fait votre propre opinion sur ces six titres qui évoluent dans un death metal somme toute brutal, mais avec quelques petits raffinements bien trouvés.
Il est de coutume de dire que dans le domaine du death metal, tout a déjà été fait. Longtemps, on pensait que les américains afvaient tout dit, que ce soit au sein de formations aussi éparses et variées que Death,
Obituary,
Morbid Angel ou
Atheist, pour ne citer qu'eux. L'Europe se mettait en route en proposant un discours quelque peu différent (certains avanceront que la culture musicale du vieux continent faisait la différence) d'abord avec
Entombed, avant que la scène suédoise n'impose le death mélodique. Ensuite, on évoquera rapidement
Gojira et
Gorod pour mémoire histoire de dire que. Bref, le death est un scène en constante mutation, une scène qui évolue en se nourrissant de diverses choses, passant du jazz au prog avec un certain succès. Stagner ou bouger pour survivre en quelque sorte, marqué par la concurrence du cousin en noir venu du grand nord.
Et ça, les membres d'Odüm semblent l'avoir parfaitement compris. La pochette, signée Géraldine Sanchez, est un indice en soit vu que l'on s'écarte ouvertement des standards du genre. Pas de sang, pas de tombes profanées, pas de corps putrides qui vous tendent la main, juste ce visage étrangement angoissant, qui vous fixe avec une certaine tristesse dans son oeil de lumière. Pourtant, le premier morceau,
Sûrya/Damage apparait alors comme un mensonge. Tout en brutalité, avec une batterie qui cherche volontairement la dissonance, comme si le groupe était marqué par une scène hardcore elle-même en perpétuel mouvement. Le chant est abrasif, sans la moindre concession. La mélodie ne viendra pas de là, il faudra au contraire se baser sur les parties de guitares qui s'écartent du mur de son pour s'aventurer sur des sentiers plus escarpés, celui des soli raffinés. Bien sûr, inutile de s'attendre à écouter les Quatre Saisons de Vivaldi, le propos n'est pas là. Chercher à surprendre l'auditeur. Passer de la brutalité simple et malsaine à quelque chose de subitement plus coloré, qui vient apporter un relief intéressant à l'ensemble. Un raffinement, pour reprendre un terme utilisé plus haut et qui sert de tremplin à la violence (
Thanatos, dont le riff arrive sèchement après une courte intro).
Quand Odüm va à fond dans sa démarche, le résultat peut se montrer très intéressant, comme en témoigne la longue pièce finale,
Inner Stranger, qui s'étale sur près de sept minutes et offre un final imprévisible qui reste durablement en tête, une ambiance chamanique qui laisse malgré tout un léger goût amer en plus. Parce que l'on a parfois clairement l'impression que le groupe bride ses idées, faute de temps, faute de moyens ou à défaut de cojones. On attend toujours le petit plus qui ferait qu'Odüm se pose réellement comme un groupe plus original, voire avant-gardiste, mais tant que l'on reste dans le domaine des riffs, des rythmiques et de la voix, difficile d'être réellement surpris malgré des ambitions clairement affichées. Quant à la production, elle est imparfaite, légèrement grumeleuse, ce qui donne un cachet, une certaine patine à l'ensemble qui n'est pas pour déplaire. On est loin d'un son lisse et sans âme par sa froideur qui devient lentement la norme dans le domaine. Un écueil évité, mais est-ce un hasard ou une volonté propre au groupe ?
Odüm est loin de décevoir et il convainc presque sur cette démo, qui annonce de belles choses pour l'avenir si le groupe décide d'aller voir un peu plus loin, oser carrément là où il ne fait en définitive que suggérer. De belles initiatives sont à noter, le reste se veut un peu plus convenu même si l'on sent que la formation poitevine a envie d'aller de l'avant et de se démarquer d'une concurrence de plus en plus rude dans le style. Un effort un peu court, qui donne plus l'eau à la bouche qu'elle ne nourri, mais qui ne pèse en aucun cas sur l'estomac.