S'il y a bien un groupe qui mérite cette AOC de groupe culte, c'est
Celtic Frost. Déjà avec
To Mega Therion les Suisses se montraient totalement inclassables, évoluant entre un thrash primaire et lourd, mais surtout très ambiancé avec des passages d'une noirceur sépulcrale accentuée par des cuivres et les vocaux hallucinés de
Thomas Gabriel Warrior. Mais peut-on parler de thrash concernant Celtic Frost ? Juste en apparence alors car le fond est bien plus complexe qu'il n'y parait et ce Into The Pandemonium n'apporte aucune réponse satisfaisante à ceux qui veulent absolument coller une étiquette à cette musique qui avait pas mal d'années d'avances sur son époque.
Il est facile de taper sur ce disque qui est à l'homogénéité ce que Soeur Emmanuelle est à la Jet Set. D'ailleurs, les critiques ont plu sur cet album à sa sortie, pas toujours néfastes ceci dit. Certains ont vu en lui une oeuvre instantanée. D'autres, plus nombreux, un ratage complet, la suite indigne de To Mega Therion.
En le composant, il se peut que Warrior ait fait preuve d'un sacré culot, à moins que ce ne soit de l'inconscience. Tout semble tellement décousu ! Si la base de travail semble avoir été To Mega Therion, très vite les compositions de cet Into The Pandemonium prennent des directions hasardeuses. Il y avait déjà l'étrange EP I Won't Dance dont le morceau titre avait des relents pop noyés dans une noirceur infernale, avec une seconde voix qui ne venait pas apporter la lumière, mais qui nous enfermait directement dans un cachot obscur. Un EP qui comprenait également une reprise de
Dean Martin, In The Chapel In The Moonlight à glacer le sang. Aussi il ne faut certainement pas être étonné de constater que l'album débute sur une reprise des
Wall Of Voodoo, combo popopunkochépaquoi américain. Mexican Radio est déroutante à plus d'un point. Entre la fausse gaité de la musique et les vocaux dépressifs de Tom G Warrior, on ne sait plus sur quel pied danser. Pari osé mais pari réussi : l'auditeur est déjà complètement déboussolé à peine le disque entamé. Pareil titre, même pas signé Celtic Frost en ouverture, il y avait un pas à franchir et ils l'ont fait.
Au niveau des surprises (de taille), on peut mentionner Tristesses de la Lune, un poème de Baudelaire déclamé par une jeune femme sur fond de cordes, un morceau court, mais lugubre, porté sur l'ombre encore une fois. Peut-on parler de dark ambient ? Caress Into Oblivion se veut plus oriental et très étonnant de par son entame tout simplement improbable tandis que Rex Irae (Requiem) est un dialogue entre Warrior et une jeune femme sur fond de guitares saturées et de cuivre donnant une ambiance mortifère et gothique au titre, ainsi qu'un côté légèrement symphonique. Et l'OVNI One In Their Pride n'est pas là pour faire retomber la pression, avec ses samples et sa batterie trafiquée jusqu'à ressembler à une boîte à rythme, un titre qui se veut bruitiste et dérangeant avec son dialogue de voix modifiées par le truchement d'effets très spéciaux.
Les autres compositions sont plus dans la lignée du Celtic Frost "classique" si ce terme peut être employé ici. On notera bien ça et là des innovations étranges, comme un chant gothique et désespéré sur Mesmerize, une rythmique très appuyée sur Inner Sanctum. Mais avec le recul, on se rend compte que peut-être plus que To Mega Therion, ce disque a eu un impact sur toute la scène extrême à venir tant certaines des innovations de Celtic Frost se sont transformées, avec le temps, en simples gimmicks pour de nombreux groupes de doom, voire de black metal.
Indéniablement culte, Into The Pandemonium est une oeuvre en noire, efficace et dont les ravages du temps ne se font pas franchement sentir. A conseiller la version remasterisée de 1999 qui comprend l'EP I Won't Dance de 1986, totalement introuvable de nos jours. Une référence pour tous ceux qui veulent savoir de qui tout un mouvement est issu. Mais attention ! Ceux qui n'étaient pas nés à l'époque du Frost ou qui étaient bien trop jeunes pour s'intéresser de près ou de loin au metal risquent d'avoir une sacrée déconvenue en se frottant aux génies helvètes.