Soucieux de ne pas réitérer ses erreurs passées,
Def Leppard va nous proposer, avec ce Slang, une vision plus nuancé de sa musicalité. Si Adrenalize portait indéniablement certains des stigmates les plus similaires à l’excellent Hysteria, en en proposant une variation dans un ensemble plus cohérent mais moins marquant, ce nouvel effort s’inscrit assurément dans une volonté salutaire de changement.
Pourtant si le groupe a le désir réel d’élargir et de faire évoluer sa démarche créative, cela ne signifie pas nécessairement qu’il a dans l’idée, comme il est de rigueur parfois, pour ne pas dire souvent, de se réfugier dans le confort aisé d’une antique, et glorieuse, ère originelle. A contrario, les anglais vont, en effet, poursuivre leur dessein sur ce chemin d’une mélodicité toujours plus affirmé. En rapprochant son concept artistique d’un propos de plus en plus Pop Rock, où les guitares fantomatiques ne sont, désormais, et de plus en plus, que pâles apparitions, Joe Elliott et ses compagnons vont tenter de nous convaincre.
Et pour ce faire,
Def Leppard va parer certaines de ses compositions d’apparats singuliers. Ainsi voit-on naître un Truth aux atmosphères urbaines particulières, mais aussi un Turn To Dust aux climats délicieusement orientaux ou encore un Slang aux phrasés possédant des intonations syncopés surprenantes, aux limites, toutes proportions gardées, de la culture rurale Hip Hop. Si ces morceaux sont, sans conteste, le signe fort d’une respectable visée créative plus courageuse, le résultat de ces constructions moins immédiatement immédiates, et surtout inhabituelles pour ces anglais, est déconcertant.
Dans une création dénuée de la plupart de ces rugosités, inhérente au Hard Rock, même FM, les anglais continue de proposer une musique où la délicieuse véhémence n’est qu’un état d’esprit, et encore. Et seul des titres tels que le sympathique Deliver Me et le dispensable Gift Of Flesh possèdent encore quelques riffs de guitares, à peine, suffisant pour affirmer que
Def Leppard n’est pas encore tout à fait devenu le sosie radiophonique de toute cette scène Pop/Rock anglaise. Mais, mon dieu, que le fil est ténu.
Au chapitre des versets romantiques, où l’émotion et le sentiment nécessaire doit poindre avant qu’une larme fictive ne vienne envahir nos esprit,
Def leppard nous propose un recueil solennelle concerné où les sensations émouvantes et poignantes côtoient parfois l’ennui profond. Effectivement si des titres tels que, par exemple, Blood Runs Cold ou encore Where Does Love Go When It Dies peuvent apparaitre comme la ressasse inutile d’un exercice totalement éculé, d’autres sont, heureusement, bien plus captivant. Ainsi au cœur de ces complaintes charnelles, la découverte d’un intéressant Breathe A
Sigh mais surtout d’un exceptionnelle All I Want Is Everything vient sauver nos croyances vacillantes. Ce dernier, déclamé en une simplicité belle et déconcertante, épuré de tous artifices inutiles, est purement bouleversant. Il s’inscrit, selon moi, comme l’une des meilleures ballades composé par ces britanniques.
Avec une approche artistique audacieuse, où il devient néanmoins de plus en plus complexe d’apprécier les aspérités indispensables d’une âpreté, aux accointances Hard Rock, tant appréciés par les adeptes,
Def Leppard nous offre, avec ce Slang, un visage plus humain et plus nuancé que sur ses précédents efforts. Pourtant le résultat, bien que plus respectable, laisse indubitablement amer.