Pas de chance, Dave ! Tu gagneras plus la prochaine fois
La destinée parfois se trompe. Il arrive que la vie ne favorise pas celui qu'il faut: Al Gore ou Georg Strasser en sont témoins. Monsieur l'Avenir parfois laisse le talentueux pour s'attacher au petit morveux. C'est comme ça, hélas. Le génie ne suffit pas pour la reconnaissance. Voilà toute l'histoire de ce Dopes To Infinity, voire de Monster Magnet. Avant de lire la suite, il faut savoir que, pour l'humble chroniqueur que je suis a adoré Powertrip, qui est l'album de la consécration de Monster Magnet, celui des groupies backstage, de la coke sur les amplis retours, des clips en boucle sur MTV (l'excellent Space Lord), des articles dans Kerrang!, puis Rolling Stones, puis le New York Times, voire Télérama si Monsieur Le Futur est clément. Pour Fendragon, votre humble serviteur, Powertrip vaut son gramme de weed, soyons d'accord. Mais Powertrip est à Dopes To Infinity ce qu'une arquebuse est à un M16: poussif, poussiéreux, et peu précis.
Car entendons nous bien: Space Lord, Crop Circle ou 3rd Eye Landslide, chansons phares de l'album Powertrip, sont ENORMES (à écrire obligatoirement en majuscules, s'il vous plaît). Mais Dopes To Infinity est GI-GAN-TESQUE (majuscules et tirets sont indispensables là aussi) de A à Z. Pourquoi, pourquoi, pourquoi ? Voilà la question qui hantera votre esprit jusqu'à ce que vous ayez fini de lire la chronique.
Tout d'abord, Dopes To Infinity commence en douceur, introduisant la puissance calmement. Le titre éponyme envoie son pesant de bois, on est d'accord. Mais Negasonic Teenage Warhead, justement choisi en single (comme quoi des fois les mecs du marketing ont du nez) est le genre de tube à vous en défriser la moumoute de votre grand mère. Le son est gigantesque, la voix de Wyndorf parfaite. La guitare ressemble à un avion qui décolle pour vous emmenez vers d'autres cieux, remplis de chevelus et surtout de plants de cannabis et de hippies vêtues légèrement. Avouons-le, l'enchaînement avec Look To Your Orb For The Warning est génial: même sentiment de s'envoler à l'écoute du riff, ponctué cette fois-ci par un break plus planant avec mellotron. Car c'est ça qui est génial avec Dopes To Infinity: on prend du (bon) vieux, des jeunes (prometteurs), on secoue et ça fait un disque plus que rock'n roll ! Pas de prise de tête grandiloquente, de blague politique ou de pose: ici, on est cool et on fait du rock fumant, pas fumiste, avec une touche fin 60's début 70's, délicieuse à en mourir (d'overdose). Comme si Brian Jones s'était égaré dans le studio au moment où Monster Magnet enregistrait.
Les détails dans Dopes To Infinity sont essentiels, pas inutiles. La recette pour ce disque semble être "qu'est ce qu'on pourrait foutre dans ce disque pour qu'un camé l'écoute 1000 fois et à chaque fois, bloque sur un truc qu'il n'avait pas entendu la voix d'avant ?" Des riffs dantesques, du mellotron raffiné, une ligne de basse à tomber, un solo ardent, une cithare psyché... La liste est longue. Alors, est-ce que ça marche tout le temps ? La voix chelou d'Ego, The Living Planet ou la rage d'I Control, I Fly laissera sans doute perplexe. Est-ce bien à sa place ici ? Difficile à dire. Cela confirme le statut stoner de l'objet, mais là où Dopes To Infinity est exceptionnel, c'est qu'il est un disque de rock à part entière.
Car voilà, Monster Magnet a le génie de distiller du psychédélisme et un brin de pop ironique dans son propos. Puisqu'il faut des noms, lancons celui de Dead Christmas. Finesse et originalité sont les maîtres mots de ce qui est réellement LA pépite de l'album. Et la preuve qu'il y en a dans ces cerveaux de camés.
Alors, un reproche à faire à Dopes To Infinity ? Pas si accessible que ça. Il faut plus de trois écoutes pour saisir les tenants et les aboutissants du disque. Mais d'une traite (le temps de rouler, de fumer et de tripper), cet album est exceptionnel. Du stoner intelligent, si si !
Mais pourquoi le comparer sans arrêt avec Powertrip ? Et bien parce que Dopes To Infinity fut un bide, et Powertrip un carton. Le destin avait choisi: le chef d'oeuvre fera passer Monster Magnet pour des buses et l'"autre, là", pour un groupe über bankable. Cependant, ne jetons pas Powertrip à la poubelle: tout d'abord, il y a quelques chansons qui ne démérite pas face à Dopes To Infinity. Ensuite, si vous écoutez d'abord Powertrip et ensuite Dopes... vous passerez d'une bonne écoute à un disque superbe. Ni plus, ni moins.