Alors que
Def Leppard, avec Slang, n’avait pas jugé nécessaire d’effectuer l’éternel retour à la source originelle d’une antique, et glorieuse, époque lointaine passée après un Adrenalize décrié comme la ressasse artistique stérile d’un excellent Hysteria, mais avait plutôt fait le choix audacieux d’une certaine évolution dont le résultat est, sans doute, discutable mais dont la démarche est éminemment respectable, voilà les anglais en proie à ce sempiternel revirement, véritable désaveu. Victime ? Pas tout à fait, car Euphoria s’annonce comme une volonté consensuelle consentis dont le but, inavoué, est de rassembler, le plus largement, possible un auditoire quelque peu désemparé face à ces visages changeant de
Def Leppard.
Concernant les éléments indiscutablement positifs de cet œuvre, il est raisonnablement difficile de taire ce retour à une musique plus électrique, plus incisive et, donc, selon moi, plus intéressante. Ainsi délaissant quelque peu les rivages trop tranquilles d’une musique Pop/Rock, Joe Elliott et ses compagnons marche à nouveau sur les chemins d’un Hard-FM très mélodique.
Abandonnant les climats particuliers de certains titres de Slang (Truth, Turn To Dust et Slang), le groupe compose ici des titres qui s’inscrive, trop fidèlement pour certain, dans le chemin tracé autrefois. L’évident constat de déjà-entendu est donc prégnant. Pourtant si la déception naissante qui nous étreint ne vient, certainement, pas de cette volonté créatrice de se rapprocher d’Hysteria ou d’Adrenalize, avec quelques légères touches empruntées à Slang ; elle vient indiscutablement de ce résultat qui manque, à mon sens, singulièrement d’inspiration. Ainsi, par exemple, des titres tels que Demolition Man, Promises, Disintegrate ou encore King Of Oblivion n’auraient fait que des titres anecdotiques sur les œuvres « leppardienne », déjà cités, sorties en 1987 ou en 1992, dont ils sont très largement inspirés. Mais quel est réellement l’intérêt de morceaux aussi secondaire et similaire, en 1999 ?
De l’ère, proche, de Slang seule quelques intonations succinctes peuvent encore se faire sentir. Ainsi peut-on entendre, dans les couplets, par exemple, de Back In Your Face ou encore de All Night quelques nuances sobres issus de cette époque. Quelques phrasés syncopés, quelques atmosphères légèrement plus audacieuses, voilà tout ce qu’il reste de ce dessein hardi qui animait
Def Leppard il y a peu encore.
Concernant les ballades, et autres titres d’un acabit assimilable, force est de constater qu’elles sont de plus en plus nombreuses. Toujours plus abondantes mais pas nécessairement toujours plus indispensables. Ainsi en dehors des agréables Goodbye et Paper Sun, ce dernier dont certaines intonations ne sont pas sans nous évoquer White Lightning sur, encore, Adrenalize ; It’s Only Love, To Be Alive et Guilty ne sont qu’ennuis et accablements insupportablement mièvres.
Cet Euphoria, apparaissant comme une indéniable volonté de réunifier le peuple « leppardien » autour de ses valeurs diverses et variées disséminés dans sa musique d’autrefois, n’est qu’une illusion. Construite autour de titres à l’efficacité discutable, il donne à entendre l’essoufflement manifeste d’un groupe en plein désarroi quant à ces choix artistiques. L’aspect le plus dramatique de ce constat amer, est l’inexorabilité et la résignation avec laquelle les anglais semblent agoniser. L’horizon sombre est désespérant mais l’impuissance à l’éclaircir, l’est bien davantage encore.