S’enfermant dans une démarche musicale aux propos toujours plus esthétiques et immédiats, toujours plus commerciaux et accessibles diraient les plus cyniques,
Def Leppard fait doucement évoluer sa conception artistique vers un concept de plus en plus Pop/Rock mélodique. Si l’aspect mélodique d’une expression musicale ne constitue pas nécessairement un défaut, il faut bien reconnaitre que quant à son aspect directement directe il s’adresse d’emblée à un auditoire largement plus néophytes en matière de musique Hard. Ce public différent pourra bien trouver nombres de qualités à cette œuvre, l’adepte spécifique de cette grande famille réunis sous la bannière maladroitement baptisé Hard Rock, dans son acception la plus vaste et la plus vague, quant à lui, ne pourra s’y reconnaitre que bien trop subrepticement.
La tâche de la chronique s’annonce alors hautement délicate, car d’emblée une interrogation s’impose à votre humble serviteur. Doit-on se départir de toutes ces partialités qui nous habitent et juger cet opus pour ce qu’il est, à savoir une œuvre digne de plaire au plus grand nombre ? Ou doit-on garder en mémoire ces vécus particuliers qui nous lient à la musique que nous aimons tant ? En d’autre terme doit-on apprécier cet album comme un excellent disque de Pop/Rock, ce qu’il est peut-être, ou doit-on le juger comme un disque de Hard Rock, assurément, médiocre ?
Dans l’hypothèse où la décision prise serait d’appréhender l’œuvre sans aprioris, force est de constater que mes lacunes sont incommensurables tant l’art Pop/Rock contemporaine reste, pour moi, énigmatique, et n’éveille agréablement mes sens que bien trop rarement.
En axant ma réflexion sur l’autre apostolat, notoirement plus naturelle pour moi, je ne peux que crier avec force ma rancœur. M’égarant dans les dédales sucrés de ces harmonies, désespérément, douces, cette œuvre n’a que peu d’intérêt. Dénaturant profondément l’âme Hard-FM,
Def Leppard se compromet au sein de la communauté qui, la première, lui offrit un formidable écho mérité. Diluant ses velléités les plus ‘‘énergiques’’, il nous offre le spectacle pathétique de cette mièvre représentation. Souligné encore par un manque de rythmes récurent, alourdis par une musicalité au souci d’esthétisme trop prégnant, accablé par la parcimonie avec laquelle les guitares s’expriment, la plupart de ces titres s’enfoncent définitivement dans une naïveté embarrassante. La cruelle déception devient alors inévitable.
A la mesure de l’ensemble de ces imperfections, tant sur le plan mélodique que sur le plan rythmique, il devient même, parfois, difficile de différencier le propos de ballades symptomatique du Hard-FM de celui d’une musique plus typiquement Pop.
Evoquons tout de même, aussi, aux rangs de l’amertume, quelques uns de ces titres. Ainsi Torn To Shred, Love Don’t Lie, Gravity, Everyday ou encore Girl Like You, par exemple, sont, selon moi, d’infâme offrande d’un ennui achevé.
Dans ces eaux Pop insipide seul, selon moi, des morceaux tels que Now,
Kiss The Day et You’re So Beautiful demeurent relativement plaisants. Et dans celles gardant les stigmates les plus propres aux propos d’autrefois des britanniques, seul des titres tels que Four Letter Words et Cry, par exemple, gardent une ‘‘force’’, et une certaine intensité nous rappelant aux bons souvenirs de
Def Leppard. Mais, mon Dieu, que c’est peu.
Ce X, dixième album des anglais de
Def Leppard, est un échec artistique. Il nous propose l’évolution Pop/Rock fade d’un groupe qui fut, jadis, l’un des plus prometteurs de la scène NWOBHM, avant de devenir l’un des plus charmeurs du paysage Hard-FM. S’affirmera-t-il comme un des plus talentueux de ce nouveau créneau ? Peut être. Pourtant artistiquement si la démarche est respectable, résultat l’est nettement moins. Quant à parler de trahison, il n’y a qu’un pas que les fervents amateurs de la scène Hard franchiront allégrement. Je les comprends.