Quatre ans que
Chthonic se faisait attendre. Quatre ans que les fans attendaient de pied ferme le digne héritier du violent Seediq Bale. Et c’est en 2009 que les diables taiwanais nous reviennent avec un nouvel opus, tout droit forgé dans les flammes de l’Enfer.
Le quintette officie dans un black métal symphonique à la manière d’un
Cradle of filth. D’ailleurs, les détracteurs du groupe ont souvent reproché à celui-ci son lien de parenté, manifestement trop explicite. Mais la où le combo se démarque des britanniques, c’est dans l’utilisation conjointe d’instruments occidentaux et orientaux. En effet, à côté des claviers de Cj Kao, on retrouve un instrument peu présent dans le monde du métal: le erhu. Ce violon traditionnel chinois à deux cordes, reconnaissable entre mille, peut être entendu dans n’importe quelle fresque cinématographique asiatique. C’est en cela que l’on reconnaît le son
Chthonic.
Et nos 5 larons ont bel et bien décidé de passer à la vitesse supérieure afin de répandre l’Enfer sur Terre. Exit le son craspec de Seediq Bale et place à une production (un peu trop ?) léchée signé Rob Cagganio, guitariste d’
Anthrax. A côté de cette dernière, nous avons un groupe qui a voulu en mettre plein la vue avec son artwork superbe et son look hyper travaillé. Visuellement donc, ça claque !!
Mais qu’en est il de la musique en elle-même ?
Nous avons droit à du black métal pur et dur avec tout ce qu'il a de plus accrocheur.
Freddy Lim alterne voix criarde et voix plus grave et rocailleuse, à la manière d’un Dani Filth. Le timbre est, d’ailleurs, quasi-identique. Pas original, mais cela a au moins le mérite d’être efficace. De plus, les interventions de voix féminines (bien glauques) campées par la jolie Doris, bassiste du groupe, sont du plus bel effet. Dommage d’ailleurs qu’elle ne le fasse pas plus souvent car elle amène de la chaleur aux compos.
Concernant la batterie, ça blaste à tout va. Elle est très technique et martèle à qui veut bien l’entendre, tel un rouleau compresseur. Et elle n’est pas la seule à faire le show car les guitaristes ne sont pas en reste non plus. Assurément, les guitaristes nous balancent des riffs très bon. Les solos font mouche comme sur « Hearts Condemned » et ses claviers sortis tout droit d’un film d’horreur. Fermez les yeux et imaginez vous un instant dans un jardin jonché de cadavres et de sang. De plus, les nombreux changements de rythme sont de bonne facture. Le groupe alterne blasts ultra rapides et mid tempo dans un même titre (le brise nuque « Rise of the Shadows). Petit bémol malgré tout, le fait qu’on ne puisse échapper à quelques ambiances pompeuses distillées par les claviers de Cj Kao (« Sing Ling Temple » en tête).
Notez que nous sommes face à un album concept. Et ici, il est question d’un jeune taiwanais envoyé en enfer pour y rencontrer le miroir de la rétribution. Ainsi, il y verra toutes les mauvaises actions qui ont été commises par sa famille et lui. L'incursion de la mythologie asiatique dans la musique du groupe confère à celle-ci une aura malsaine. On se laisse happer par cette histoire de fantômes (taiwanais et pas chinois).
Enfin, l’album est transcendé par les interventions récurrentes de l’erhu (assurées par Freddy) particulièrement mise en avant, et bon dieu (bon diable?) que cela fait du bien.
Le break folklorique sur le single « Forty Nine Theurgy Chains » s’intègre très bien. Ce titre est l’un des points culminants du skeud avec une batterie qui s’emballe et des guitares qui deviennent plus incisives et brutales. Et que dire de l’instrumental « 1947 » qui fait replonger l’auditeur dans les plus sombres heures de l’Histoire. Le dépaysement est garanti.
Ici, puissance et brutalité s’opposent avec mélodie et beauté
macabre.
Chthonic, grâce à son utilisation et sa maîtrise d’éléments folkloriques, justifie sa présence sur la scène black sympho. Dorénavant, il va falloir compter avec lui.