Il n’aura fallu, finalement, que trois albums à
Blind Guardian pour définir avec précision une identité qui lui soit aussi propre et surtout aussi marquante. L’équilibre précaire entre cette subtile véhémence délicieuse et une douce musicalité rageuse plus mélodieuse trouve avec ce
Tales from the Twilight World l’expression d’une certaine excellence.
Dès l’entame grandiloquente et théâtrale d’un mythique Traveler in Time, la virtuosité de
Blind Guardian s’exprime pleinement. Développant plus encore cette délicate harmonie d’une musique formidablement Heavy à la fois prompte et rugueuse, mais aussi mélodieuse et suave (et ce, notamment, en imposant des changements de rythmes et des breaks composés intelligemment où parfois les sonorités de guitares acoustiques viennent admirablement nous caresser l’esprit), le groupe affirme, en un peu plus de six minutes, tout l’étendu d’un talent immense. Cette confirmation d’un potentiel dont les prémices se laissaient entrevoir sur un
Follow the Blind prometteur, trouve son summum en des titres efficaces, inspirés, agressifs et musicaux. Ainsi les légendaires, et cultissîmes, Traveler in Time, Welcome to Dying, Goodbye my Friend ou encore Lost in the Twilight Hall, qui laissent à entendre un Hansi duettiste avec l’incontournable Kai Hansen, sont autant d’hymnes participant, de manière éminemment méritoire, à la grandeur de
Blind Guardian. Ces morceaux, témoignant d’un caractère incroyablement sophistiquée où l’amalgame de ces différentes aspirations s’imbrique en des constructions sagaces, est encore sublimé par l’efficacité de leurs refrains fédérateurs, communiants et réussis. A ces différents actes, viennent s’en ajouter d’autres, sans doute, un peu, moins charismatiques mais, eux-aussi, admirablement aboutis. Assurément Lord of the Ring, le très nerveux Tommyknockers, sans doute inspiré par l’œuvre du même nom de Stephen King, le trop court Altair 4 ou encore The Last Candle ne parviennent pas tout à fait à atteindre la perfection escompté et offerte par ceux déjà cités. Cette infime déficience condamne une œuvre à une honorable excellence alors que s’offrait à elle les louanges d’une exemplarité promise. Mais nul n’est parfait.
Véritablement acteurs de cette « presque » perfection, chaque musicien offre l’essence des capacités exquises qui sont les siennes. En effet, Hansi Kursch, chante, désormais, en une interprétation impeccable, où chacune des nuances de ces intonations rugissantes est d’une justesse incroyable. Les riffs de guitares et les soli, bien plus recherchés qu’antan, sont d’une rare efficience. Et Thomas « The Omen » Stauch, derrière ses fûts, magnifie chaque teinte de cette musique. On ne pourra, d’ailleurs, que regretter cette production et ce mixage qui, concernant la batterie, mets bien trop peu en exergue l’extraordinaire travail de l’homme, et particulièrement sur ses grosses caisses.
Tales from the Twilight World est donc une œuvre admirable à laquelle il aura manqué bien peu pour que ces qualités musicales principales et essentielles en fassent un chef-d’œuvre absolu. Une dérisoire défaillance que le temps, et la légende atteinte par
Blind Guardian plus tard, va admirablement s’empresser de combler faisant de cet album, un opus incontournable de ce groupe. Ce qui, après tout et à l’écoute de ces nombreuses vertus, est pleinement mérité.