1973 est encore une année faste pour le
Alice Cooper Band. Après avoir explosé les charts avec l'album Billion Dollar Babies et son lot de singles incontournables, le groupe se remet vite à l'ouvrage et sort en novembre ce septième opus studio en quatre ans. Mais cette fois-ci, l'ambiance n'est plus la même au sein de la formation et ce disque sort peut-être trop tôt, le succès de son grand frère n'ayant pas été digéré.
Alice Cooper est devenu une grosse cylindrée commerciale. Un incontournable de la scène rock US où chaque show se transformait en un petit musée de l'épouvante, avec son lot de pendaisons et de décapitations à la guillotine. Le schock rock dans toute sa splendeur, le cauchemar des puritains. Le groupe a même été pressenti pour signer la BO d'un James Bond, l'Homme au Pistolet d'Or, avant que les studios de la MGM se ravisent au dernier moment, ce qui n'empêchera pas à ce titre,
Man With The Golden Gun, de figurer en bonne place sur ce Muscle Of Love, à la pochette en carton cheap après la reliure peau de serpent de son aîné.
Cependant, ce disque est quelque peu tendu. Cela se remarque au son plus rêche que celui pratiqué sur Billion Dollar Babies. Certains trouveront cela salutaire, jugeant le prédécesseur trop pop pour être parfaitement honnête. La présence de musiciens de session sur ce skeud est également un signe avant-coureur de l'implosion qui se profilait. Par exemple, on retrouve
Dick Wagner à la guitare, qui permettra à
Vincent Furnier d'enregistrer son premier succès en solo avec Welcome To My
Nightmare deux ans plus tard.
Un album un brin plus rentre-dedans, mais moins imaginatif que Billion Dollar Babies. On est plus proche d'un School's Out même si les deux opus ne sont pas comparables. Ici, souvent la musique se veut très directe, assez simple dans les mélodies. Les diverses influences ressurgissent, comme sur
Never Been Sold Before, excellent, que ne renierait pas les Rolling Stones avec sa section de cuivre qui vient donner une couleur et une saveur particulière à l'ensemble, tandis que le riff ne doit pas être étranger à la conception de celui de
Hair Of The Dog de
Nazareth tant les similitudes sont grandes. On notera également un
Muscle Of Love qui se défend bien avec son côté très compact, presque écrasant et surtout la ballade
Teenage Lament '74 sur laquelle
Liza Minnelli vient assurer les coeurs. Un titre simple, efficace, toujours interprété aujourd'hui sur scène, le single de l'album et un classique pour le Coop', un de plus. Même s'il ne s'agit clairement pas du meilleur morceau, il laisse échapper une certaine innocence qui renvoie aux efforts précédents, où l'on apprécie ce sens inné de la mélodie,que l'on ne retrouve pas de la même manière sur
Hard Hearted Alice ou
Crazy Little Child.
Cet album se teinte d'une certaine dose de psychédélisme mêlé à une furia rock'n'roll jouissive à souhait, mais souvent le mélange est mal équilibré et le cocktail peut laisser un goût amer en bouche.
Working Up A Sweat aurait pu être fantastique sans ce côté trop poussé, jusqu'à la caricature, dans la ligne musicale. C'est tendu, le feeling n'est plus le même. Et c'est là le plus grand défaut de cet album, cette espèce d'impression que le groupe tourne en rond. Il n'est donc pas étonnant qu'il s'agisse du dernier du
Alice Cooper Band.
Muscle Of Love, c'est un album charnière, le trait-d'union entre le groupe et la carrière solo de Vincent Furnier. Pas mauvais, mais si loin de la lignée qualitative entamée avec Killer. Une fin de série donc, avec un album qui n'a pas à rougir sur le fond, plutôt sur la forme en définitive et surtout, souffrant d'un manque de chance total. Un disque particulier donc, pas désagréable, mais sans délivrer cette impression de se retrouver face à un chef d'oeuvre.